Lundi, François Bayrou a accordé sa première interview télévisée à BFMTV, depuis l’annonce de son nouveau gouvernement. Revenant sur les choix de son équipe ministérielle, les critiques de l’opposition et les priorités de son mandat, le Premier ministre a tant bien que mal tenté de défendre ses décisions controversées.
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Le retour de figures controversées
Parmi les ministres nommés, on retrouve des figures anciennes comme Élisabeth Borne à l’Éducation nationale, Manuel Valls aux Outre-mers et Gérald Darmanin à la Justice.
Ces nominations ont suscité des réactions virulentes, notamment de la part de la gauche, qui y voit une influence marquée de l’extrême droite sur le gouvernement.
Raphaël Glucksmann a exprimé ses inquiétudes face à ce qu’il considère comme une "mise sous tutelle" par Marine Le Pen. "Une droite extrême au pouvoir, sous la surveillance de l'extrême droite", a jugé le patron du Parti socialiste, Olivier Faure.
Une équipe "remplie de gens désavoués dans les urnes et qui ont contribué à couler notre pays", a renchéri la cheffe des députés LFI (gauche radicale) Mathilde Panot, tandis que la cheffe des Ecologistes, Marine Tondelier, a accusé le Premier ministre d'”indignité”, lui reprochant de se mettre "entre les mains de l'extrême droite".
François Bayrou a tenu à dissiper ces accusations, affirmant qu’aucune "influence" n’avait dicté ses choix. Concernant le retrait de Xavier Bertrand, pressenti pour le ministère de la Justice, le Premier ministre a invoqué des divergences politiques profondes.
La nomination la plus polémique reste celle de Manuel Valls au poste de ministre d’État chargé des Outre-mer. François Bayrou a décrit l’ancien Premier ministre comme une personnalité "audacieuse" et "kamikaze", capable de relever les défis majeurs que représentent la gestion de Mayotte, durement touchée par le cyclone Chido, ou encore les problématiques économiques dans les départements d’Outre-mer.
Malgré les critiques, François Bayrou assume ses choix et rappelle que la constitution d’un gouvernement ne doit pas être dictée par les partis politiques.
Il se revendique de l’héritage gaulliste et estime que "les nuances de l’Assemblée nationale" doivent guider la composition gouvernementale. Il reconnaît toutefois qu’ “aucun parti” n’est totalement satisfait de l’équipe mise en place.
Confiant dans la stabilité de son gouvernement, François Bayrou s’est dit "persuadé" qu’il éviterait une censure parlementaire, contrairement à son prédécesseur Michel Barnier. Selon lui, les Français n’ont pas apprécié la déstabilisation causée par la précédente motion de censure.
Réforme des retraites et Mayotte
Interrogé sur la réforme des retraites, le Premier ministre s’est montré favorable à une retraite à points tout en étant disposé à négocier avec les partenaires sociaux.
Il affirme que, d'un point de vue budgétaire, la situation du pays est "inquiétante" et exclut un gel de la réforme durant les nouvelles consultations, qui pourraient s'étendre "jusqu'à l'été".
Il propose une période de débat pouvant aller jusqu’à six mois afin de trouver des compromis avec les forces politiques et syndicales.
Enfin, François Bayrou a abordé la situation dramatique à Mayotte suite au cyclone Chido, qui a fait au moins 35 morts et 2.500 blessés. Il a dit espérer que le bilan humain resterait limité à des "dizaines" de victimes, tout en promettant un soutien à long terme pour la reconstruction de l’île.
François Bayrou, en défendant ses choix controversés, s’est efforcé de présenter un gouvernement résolument pragmatique. Si les défis à venir sont nombreux, il a affiché une volonté de compromis, tout en rejetant les accusations de soumission à l’extrême droite.