Le jour s'est levé dimanche sur un spectacle de désolation dans les rues des principales villes de France, au lendemain de violences et pillages qui ont éclipsé une mobilisation contre la "vie chère", à six mois de la présidentielle.
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a fait état sur X de plus de 1.800 interpellations dans le pays, précisant que "plus de 500 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers ont été blessés, pris dans ces scènes de violences".
Dans plusieurs villes de France, des centaines d'institutions et de commerces ont été pris pour cible, laissant des rues entières jonchées de débris et de carcasses de deux-roues brûlés.
Des symboles de la République ont été attaqués : A Marseille (sud), Lille (nord), Angers (ouest) et Bordeaux (sud-ouest), des manifestants ont fait irruption dans les mairies ou dans les préfectures pour les vandaliser. À Lyon (centre-est), une antenne de l'office de tourisme a été incendiée.
A Limoges (centre-ouest), c'est l'Hôtel de Ville, datant du XIXe siècle, qui a été "en grande partie perdu" dans les flammes.
Téléphone à la main, de nombreux Lyonnais parcourent de bon matin les rues commerçantes de la ville, immortalisant les innombrables vitrines éventrées et les tas de débris au sol.
"C'était la guerre", raconte Jean-Christian, un commerçant de Lyon, qui s'est réfugié au fond de sa boutique lors du passage des casseurs. "C'était vraiment des animaux. On les a vus qui cassaient, des hommes remplis d'adrénaline".
Dans la capitale, "des rues entières ont été méthodiquement ravagées", selon le maire socialiste Emmanuel Grégoire.
Sa première adjointe Lamia El Aaraje (socialiste) a déploré "un manque de moyens" policiers pour mettre un terme aux pillages.
A Paris, 855 personnes ont été interpellées samedi, un "chiffre record", a annoncé dimanche la préfecture de police (PP). Plus de 500 personnes sont en garde à vue, dont 171 mineurs, selon le parquet de Paris, évoquant des interpellations jusqu'aux alentours de 6h00 du matin.
Si le cortège principal de 110.000 personnes s'est déroulé "sans incident majeur" à Paris, la préfecture de police a mis en cause "des groupes violents, notamment d'ultragauche, qui ont multiplié les tentatives de blocages, les cortèges sauvages" et "des pillages".
Après plusieurs semaines de mobilisation lycéenne, les organisateurs de cette journée de mobilisation ambitionnaient de cimenter une "convergence des luttes" avec les anciens gilets jaunes, sur fond de flambée du prix des carburants.
Les manifestations ont rassemblé 550.000 personnes, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, et 800.000, selon les organisateurs (gilets jaunes, lycéens et étudiants, salariés, militants pour le climat et "antifascistes").
"Je suis venue pour protester contre la vie chère, pour dire qu'on en a assez de trimer pour des salaires de misère et voir nos loyers augmenter tout le temps", a expliqué Régine Monfroid, une éducatrice croisée à Strasbourg.
La Fédération du commerce et de la distribution de France de son côté, explique que 1.500 commerçants ont été touchés avec des centaines de millions d'euros de dégâts.
"semeurs de chaos"
Confronté à une situation sociale tendue à l'approche des élections et à une certaine impuissance faute de majorité parlementaire, le gouvernement a promis la fermeté contre les responsables du désordre.
"Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu'à nos mairies, seront poursuivis et punis", a assuré le président Emmanuel Macron sur X. "Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu'à abattre nos institutions".
C'est "un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd", a estimé le Premier ministre Sébastien Lecornu. Il a appelé le chef de file de La France insoumise (gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon, mis en cause pour son soutien au mouvement, à "choisir son camp" entre celui "de la République et donc des forces de l'ordre", et "celui des casseurs".
"Les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon, en légitimant la violence, en considérant l'ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos", a attaqué de son côté la dirigeante du Rassemblement national (RN, extrême droite) Marine Le Pen.
Jean-Luc Mélenchon, qui a défilé dans les rues de Paris, a assuré que "ceux qui partagent" son combat "n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage".
À six mois de la présidentielle, la mobilisation sociale est un terrain d'affrontement entre M. Mélenchon et Mme Le Pen, qui selon plusieurs sondages récents pourraient s'affronter au second tour.
M. Lecornu a prévenu que le bilan financier des dégradations serait "lourd, partout dans le pays".
La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger: le vice-président américain JD Vance a estimé que l'immigration était responsable des violences de samedi.
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