Le dossier présenté par la Turquie qui s’est associée à la plainte pour génocide déposée par l'Afrique du Sud contre Israël vient s'ajouter à l'arsenal d'arguments juridiques dont dispose la Cour internationale de justice pour poursuivre Tel-Aviv pour les crimes de guerre commis contre le peuple palestinien à Gaza.
La Turquie rejoint ainsi officiellement plusieurs pays dans la plainte déposée à la fin de l’année dernière par l'Afrique du Sud qui a saisi la CIJ, plaidant que la guerre dévastatrice d'Israël avait provoqué une crise humanitaire et violé la Convention sur le génocide de 1948.
Il peut s'écouler 4 à 5 ans avant que la CIJ ne rende un jugement définitif, mais les arguments présentés par les différentes parties à l'affaire peuvent servir de base à la prévention de crimes similaires à l'avenir.
"La déclaration de la Turquie est la plus détaillée, la plus complète et la mieux argumentée des pays intervenants. Cette approche rigoureuse fournit à la CIJ un cadre juridique solide pour interpréter avec précision la convention sur le génocide", ont déclaré plus tôt des responsables turcs dans un communiqué.
"La motion d'Ankara souligne les obligations découlant des articles 1, 2 et 3 de la Convention et met l'accent sur la nécessité de prendre des mesures pour enquêter sur les actes de génocide et en poursuivre les auteurs".
Toute procédure de génocide devant la CIJ peut devenir un bourbier d'arguments et de contre-arguments juridiques, faisant traîner la procédure pendant des années.
Le mois dernier, la CIJ a émis un avis historique, signifiant à Israël que son occupation des territoires palestiniens de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza et la construction de colonies étaient illégales.
La Turquie affirme que ses arguments juridiques soutiendront le point de vue de la CIJ sur l'occupation des territoires palestiniens et les colonies illégales.
Selon les officiels turcs, les arguments juridiques détaillés et l'analyse complète fournis par la Turquie "pourraient servir de références précieuses pour des affaires futures et contribuer au développement du droit humanitaire international".
"L'intervention d'Ankara ne répond pas seulement à la crise immédiate à Gaza, mais renforce également le cadre juridique mondial pour faire face à des situations similaires à l'avenir.”
Les crimes de guerre flagrants d'Israël
Selon des sources diplomatiques, la raison principale qui fait qu’il Israël commet des "crimes de guerre, crimes contre l'humanité et actes de génocide" flagrants est la “perception d'"impunité" dont les Israéliens pensent qu'elle les exonère de toute responsabilité.
"Pour éliminer cette perception, la communauté internationale doit agir rapidement pour s'assurer que les tribunaux tels que la CIJ et la Cour pénale internationale (CPI) prennent des décisions judiciaires et que ces décisions soient effectivement appliquées", ont indiqué les responsables.
En tant que signataire de la Convention sur le génocide de 1948, la Turquie est tenue par le droit international de prévenir et de punir les actes de génocide.
"L'intervention de la Turquie souligne son engagement à respecter ces obligations et crée un précédent que d'autres nations pourront suivre lorsqu'elles feront face à de graves crises humanitaires.”
La requête de la Turquie auprès de la CIJ sera déposée aujourd'hui à 13h30 GMT.
Le Nicaragua, la Colombie, la Libye, le Mexique, la Palestine et l'Espagne ont demandé à intervenir dans l'affaire. La Cour n'a pas encore statué sur ces demandes.