Réunies à l'initiative de Emine Erdogan, épouse du président turc Recep Tayyip Erdogan, les conjointes ont participé à une table ronde intitulée “Les enfants, la technologie et la sécurité : protéger les générations futures”, au cours de laquelle elles ont partagé leurs préoccupations et les initiatives mises en œuvre dans leurs pays.
Organisées au Palais de Cankaya, les discussions ont porté sur les effets des réseaux sociaux, de l'intelligence artificielle et des plateformes numériques sur le développement des enfants, ainsi que sur les moyens de prévenir le cyberharcèlement, la désinformation, les contenus préjudiciables et les différentes formes de dépendance aux écrans.
Tout au long des échanges, un large consensus s'est dégagé sur la nécessité de préserver les bénéfices des technologies numériques tout en mettant en place des mécanismes de protection adaptés aux enfants.

“Réfléchir au monde de demain”
L'épouse du président français, Brigitte Macron, a expliqué que la France cherchait à limiter autant que possible l'utilisation des écrans à l'école, estimant que la lecture sur écran n'avait pas les mêmes effets cognitifs que la lecture sur papier.
Elle a également alerté sur la multiplication des vidéos “truquées” (deepfakes), susceptibles de tromper les enfants comme les adultes, et appelé à anticiper les conséquences de ces nouvelles technologies. Évoquant l'essor de l'intelligence artificielle, elle a souligné que les évolutions étaient extrêmement rapides et qu'elles suscitaient de nombreuses interrogations sur les métiers de demain.
“Nous devons dès aujourd'hui réfléchir au monde de demain. Le problème est déjà devant nous. Nous observons cette évolution et nous devons apprendre à la maîtriser”, a-t-elle affirmé.
L'épouse du président lituanien, Diana Nausėdienė, a insisté sur la nécessité de protéger les enfants contre le cyberharcèlement, la désinformation et les manipulations hybrides.
Selon elle, les jeunes constituent le public le plus vulnérable face à ces phénomènes et la réponse doit s'appuyer sur une coopération internationale entre les alliés de l'OTAN ainsi qu'entre les responsables politiques et les sociétés civiles.
“Nous sommes confrontés à un défi fondamental qui nécessite un effort international”, a-t-elle affirmé.
La Première dame finlandaise, Suzanne Elizabeth Innes-Stubb, a rappelé que le numérique offrait aux jeunes de nombreuses possibilités d'apprentissage, de communication et d'accès à l'information.
Elle a toutefois souligné que les entreprises technologiques devaient développer des applications adaptées à l'âge des utilisateurs et intégrer des dispositifs limitant les risques d'addiction. Elle a estimé que l'objectif devait être de permettre aux enfants de profiter des opportunités du numérique sans être exposés à des expériences nuisibles.
“Notre objectif est clair : protéger les enfants dans tous les espaces numériques”, a-t-elle déclaré.

Protéger des “prédateurs”
L'épouse du président roumain, Mirabela Grădinaru, a comparé les risques du monde numérique à ceux du monde physique, affirmant que les enfants devaient être protégés des “prédateurs” et des algorithmes cherchant à capter leur attention. Elle a également mis en garde contre les conséquences de la dépendance aux écrans sur les jeunes générations.
Pour l'épouse du président polonais, Marta Nawrocka, Internet représente à la fois un formidable outil et une source de dangers, notamment en raison de la diffusion de discours de haine, de contenus anonymes et de manipulations. Elle a insisté sur l'importance d'enseigner dès le plus jeune âge une culture du respect sur Internet.
L'épouse du président ukrainien, Olena Zelenska, a évoqué les nombreuses menaces auxquelles les enfants sont confrontés en ligne, notamment le cyberharcèlement, le partage inconsidéré de données personnelles, la radicalisation, le terrorisme ou encore les jeux d'argent sur Internet. Elle a estimé que la protection des enfants devait reposer sur une coopération étroite entre les familles, les écoles, les pouvoirs publics et les entreprises du secteur numérique.
La Première dame sud-coréenne, Kim Hea Kyung, a reconnu que les technologies numériques ouvraient de nouvelles perspectives en matière d'éducation et de communication, tout en soulignant les risques liés aux contenus inappropriés, au cyberharcèlement et à l'usage excessif des écrans. Elle a indiqué que la Corée du Sud avait récemment renforcé sa législation visant à protéger les jeunes contre les crimes sexuels.
L'épouse du Premier ministre slovène, Urška Bačovnik Janša, médecin de profession, a mis en garde contre une société dans laquelle les enfants grandissent dans un univers dominé par les récompenses immédiates et les mécanismes de dopamine. Selon elle, ils perdent progressivement le lien avec la vie réelle et les compétences pratiques du quotidien. Elle a plaidé en faveur d'une éducation numérique de qualité afin d'aider les enfants à devenir des utilisateurs responsables plutôt que de les éloigner de la technologie.
L'épouse du Premier ministre albanais, Linda Rama, a retracé l'évolution des réseaux sociaux depuis l'apparition de Facebook, estimant que ces plateformes avaient profondément transformé la manière de communiquer, de penser et d'appréhender le monde.
Elle a dénoncé le fonctionnement des algorithmes, qui favorisent selon elle la diffusion de contenus suscitant la colère et les réactions émotionnelles. Tout en rappelant que les enfants étaient les plus exposés à ces mécanismes, elle a appelé à rendre l'espace numérique plus sûr et à préserver les liens familiaux ainsi que les traditions.
“Épidémie”
L'épouse du Premier ministre danois, Bo Tengberg, a observé que de nombreux enfants perdaient progressivement leurs capacités à jouer librement, à interagir avec leurs camarades ou encore à développer leur imagination.
Elle a regretté que les histoires racontées aux plus jeunes soient remplacées par des simulations numériques et a estimé que certaines plateformes ne devraient plus occuper une place aussi importante dans la vie des enfants.
L'épouse du Premier ministre grec, Mareva Grabowski Mitsotakis, a reconnu les bénéfices de la technologie dans les domaines de l'éducation et de l'innovation, tout en faisant part de son inquiétude quant à ses effets sur la santé mentale, les capacités cognitives et le développement des enfants.
Qualifiant la dépendance au numérique d'”épidémie”, elle a appelé les États à adopter des réglementations plus strictes afin d'offrir aux familles des outils de protection efficaces.
L'épouse du Premier ministre monténégrin, Milena Spajić, a souligné qu'Internet constituait désormais l'environnement dans lequel grandissent les enfants. Selon elle, les algorithmes accentuent la solitude, favorisent le cyberharcèlement et les comportements addictifs. Elle a estimé qu'au même titre que les enfants apprennent à traverser la rue, ils devraient également apprendre à évoluer en toute sécurité dans le monde numérique.
L'épouse du Premier ministre estonien, Evelin Oras, a comparé l'environnement numérique à un champ de bataille sans frontières ni points de contrôle, présent sur l'écran que chaque enfant tient entre ses mains. Elle a estimé que la confiance entre les enfants et leurs parents demeurait la meilleure protection face aux contenus choquants ou inadaptés.
L'épouse du Premier ministre canadien, Diana Fox Carney, a salué l'émergence d'un consensus international sur la nécessité d'agir. Elle a insisté sur l'importance de renforcer l'éducation au numérique et dénoncé les pratiques de certaines entreprises technologiques qui, selon elle, exploitent les vulnérabilités des utilisateurs.
“Le monde numérique doit s'adapter aux enfants, et non l'inverse”
L'épouse du chancelier allemand, Charlotte Merz, ancienne juge aux affaires familiales, a expliqué avoir souvent observé des enfants passant jusqu'à huit heures par jour sur leur téléphone portable. Elle a estimé que le temps consacré aux écrans réduisait les occasions de jouer avec leurs amis, de pratiquer une activité physique ou de passer du temps à l'extérieur.
“Le monde numérique doit s'adapter aux enfants, et non l'inverse”, a-t-elle déclaré, rappelant que les enfants étaient particulièrement vulnérables et qu'ils devaient bénéficier d'une protection spécifique.
L'épouse du Premier ministre tchèque, Monika Babišová, a souligné que les technologies numériques faisaient désormais partie intégrante du quotidien des enfants et contribuaient à leur apprentissage comme à leur ouverture sur le monde. Selon elle, il ne s'agit pas d'interdire ces technologies mais de faire en sorte qu'elles soient conçues dans l'intérêt des enfants et qu'elles leur offrent un environnement plus sûr.
Enfin, Heiko von der Leyen, époux de la présidente de la Commission européenne, médecin et chercheur clinique, a évoqué les conséquences des réseaux sociaux sur le développement cérébral des jeunes.
Il a expliqué que le cortex préfrontal se développait grâce aux interactions avec le monde réel et a rapporté le témoignage d'un enseignant selon lequel seuls la moitié des élèves de cinquième étaient encore capables de courir à reculons, y voyant le signe d'un recul des capacités motrices.
Il a appelé à encourager davantage les activités physiques, les interactions sociales et les expériences concrètes afin de favoriser le développement des enfants.
Au terme de cette rencontre, les participantes ont convergé sur plusieurs priorités : développer une éducation au numérique dès le plus jeune âge, renforcer les réglementations encadrant les plateformes numériques, promouvoir des technologies adaptées aux enfants et accroître la coopération entre gouvernements, établissements scolaires, familles et entreprises technologiques afin de mieux protéger les jeunes générations dans un environnement numérique en constante évolution.






















