Le gouvernement français ouvre la voie à l'interdiction du voile dans le sport amateur: en soutenant "avec force" une proposition de loi sur la laïcité dans les compétitions sportives, il a esquissé mardi un changement de cap dans ce débat sensible dans le pays.
Le Sénat, la chambre haute du Parlement français, a adopté mardi une proposition de loi de la droite visant à interdire le port de signes religieux, et notamment le voile, dans l'ensemble des compétitions sportives y compris au niveau amateur.
Le texte adopté, "que le gouvernement soutient avec force, apporte une pierre bienvenue dans l'édifice qu'ensemble nous devons construire depuis des années contre toutes les formes de séparatisme", a lancé François-Noël Buffet, ministre, issu lui aussi de la droite, et proche du ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau.
Proscrit par certaines fédérations sportives comme au football, autorisé par d'autres comme au handball, le port du voile divise depuis plusieurs années le sport français. Les gouvernements précédents étaient restés prudents concernant cette question épineuse en repoussant plusieurs initiatives similaires déjà venues de la droite sénatoriale.
Dans le détail, le texte affirme dans le code du sport que "le port de tout signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique ou religieuse est interdit" lors des "compétitions départementales, régionales et nationales" organisées par les fédérations sportives "délégataires de service public".
Les débats ont réveillé d'importants clivages partisans, dans un climat de tension assez rare au Sénat. De nombreux sénateurs de gauche ont multiplié les prises de parole pour dénoncer l'initiative, craignant "une atteinte à la loi de 1905" sur la laïcité, qui fête ses 120 ans cette année, et la "stigmatisation" des sportives de confession musulmane.
L'écologiste Mathilde Ollivier a accusé la droite de "viser directement, frontalement, lâchement, des femmes de confession musulmane (...)" en vue de les "exclure" de la pratique du sport.
Ce débat, qui expose régulièrement la France à l'incompréhension à l'étranger, avait été mis sous les feux des projecteurs au moment des Jeux olympiques de Paris: au nom de la défense de la laïcité, le port du voile avait été proscrit pour les sportives françaises sélectionnées. L'athlète française Sounkamba Sylla n'avait pu participer à la cérémonie d'ouverture qu'après un compromis, troquant son foulard pour une casquette.
Amnesty International condamne
Amnesty International a appelé les parlementaires français à rejeter ce projet de loi. L’organisation a averti que si le projet de loi était adopté, il alimenterait le racisme et augmenterait “l’environnement hostile” envers les musulmans en France.
Anna Blus, chercheuse à Amnesty international a averti que présenter le foulard comme une menace pour la laïcité était extrêmement dangereux et que ce projet de loi exacerberait la discrimination religieuse et le racisme à l’encontre des femmes musulmanes en France.
Haifa Tlili, sociologue et cofondatrice de la communauté Basketball for All, a également critiqué l'interdiction, affirmant qu'il n'existe aucune preuve objective justifiant l'interdiction du port du foulard par les athlètes musulmanes.
Pour Hélène Ba, cofondatrice de la même organisation et joueuse de basket-ball professionnelle, la loi proposée aurait des effets dévastateurs sur les femmes musulmanes, entraînant humiliation, stigmatisation, traumatisme, retrait du sport, perte de liens sociaux, baisse de confiance en soi, disparition des équipes féminines et menaces pour les clubs sportifs.
La proposition de loi attend désormais sa transmission à l'Assemblée nationale (chambre basse).