Il n'y aura pas de paix au Moyen-Orient tant qu'un État palestinien n'aura pas été créé, a insisté le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan.
"On empêche les Palestiniens d'avoir un véritable État... (Mais) tant qu'un État palestinien ne sera pas créé, personne dans cette région ne connaîtra la paix", a souligné M. Fidan dans une interview publiée cette semaine dans un magazine bosniaque.
Pour le responsable turc, la date du 7 octobre, quand l’offensive militaire israélienne a commencé, ne marque pas le début de "tragédie" de Gaza. Il s’agit plutôt de "la manifestation d'un problème qui a été ignoré".
Le problème, a-t-il soutenu, c'est l'occupation des territoires palestiniens qui dure depuis des années et la persistance d’Israël à s'emparer des terres palestiniennes”.
Israël a dévasté Gaza sous le prétexte d'assurer sa propre sécurité tuant tout le monde sans distinction d'âge ou de sexe, y compris les enfants, les personnes âgées et les femmes, a déploré le ministre turc qui estime que la violence pratiquée à Gaza met en évidence l'échec de l'ordre mondial actuel. Il a en outre souligné que toutes les valeurs humanitaires fondamentales ont été bafouées à Gaza et que même l'acheminement de l'aide humanitaire a été bloqué.
"Israël n'a aucune tolérance pour les Palestiniens. Les efforts déployés par Israël pour paralyser l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), qui fournit des services essentiels aux réfugiés palestiniens, le confirment", a-t-il encore dénoncé.
Pour M.Fidan, le génocide de milliers de musulmans à Srebrenica, en Bosnie-et-Herzégovine, est un "horrible massacre" qui s’est produit au centre de l'Europe il y a près de trente ans et demeure "une tache sombre dans l'histoire de l'humanité".
"Nous sommes confrontés à un nouveau Srebrenica à Gaza. L'Occident, en particulier l'Europe, est une fois de plus du mauvais côté", a déclaré M. Fidan, soulignant que les auteurs du massacre de Gaza ne devaient pas rester impunis.
Fidan a également réitéré le soutien de la Turquie à la plainte pour génocide déposée par l'Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice.
L'Occident fait preuve d'une "terrible hypocrisie" sur la question de Gaza
En ce qui concerne la position des pays occidentaux, notamment les États-Unis et les pays de l'UE, à l'égard d'Israël, M. Fidan a affirmé qu’au moment où ces pays condamnent l'invasion des terres ukrainiennes comme un crime, ils traitent l'occupation israélienne de la Palestine comme s'il s'agissait de quelque chose de "naturel et légitime".
"Dans l'ensemble, il y a une terrible hypocrisie", a-t-il lancé.
"Ceux qui encouragent la résistance en Ukraine criminalisent la résistance des Palestiniens. Ils soutiennent la résistance en Ukraine mais appuient inconditionnellement l'occupant en Palestine", a-t-il ajouté.
Fidan a également déploré que l'Occident a continué à fournir des armes et des munitions à Israël alors que se poursuivent les massacres à caractère génocidaire à Gaza.
"Dans ce contexte, il est certainement très utile que des pays comme l'Espagne, la Norvège, l'Irlande et la Slovénie se soient opposés au massacre et aient reconnu l'État de Palestine", a-t-il ajouté.
Il a exprimé l'espoir que "cette position de principe" inspirera d'autres nations occidentales.
M. Fidan a par ailleurs réitéré la détermination d'Ankara à n’épargner aucun moyen diplomatique pour mettre en œuvre une solution à deux États dans les territoires palestiniens, reconnaître l'État de Palestine et garantir la paix et la sécurité dans la région.
Concernant les efforts diplomatiques intenses pour désamorcer la situation à Gaza et les efforts significatifs déployés depuis le début de la crise, Fidan a déclaré qu'un groupe de contact conjoint a été formé, représentant l'Organisation de la coopération islamique (OCI) et la Ligue arabe.
"Israël doit comprendre que cibler tous les Palestiniens ne mènera à aucune solution. Un cessez-le-feu durable, ainsi que l'ouverture de couloirs d'aide humanitaire, la libération mutuelle des prisonniers, le retrait d'Israël des zones qu'il occupe à Gaza et le retour en toute sécurité des Palestiniens déplacés dans leurs foyers sont nécessaires à la reconstruction de Gaza”, a déclaré le chef de la diplomatie turque.
"La voie vers une paix juste et durable passe par la mise en œuvre d'une solution à deux États", a-t-il ajouté.
Fidan a réitéré la nécessité pour les Palestiniens d'agir dans l'unité. Il a à ce titre souligné que la Turquie a salué la déclaration de divers groupes palestiniens lors d'une réunion tenue le 22 juillet à Pékin.
Il a exprimé le soutien d'Ankara à "toutes les initiatives qui apportent la paix dans les territoires palestiniens".
Liens entre la Turquie et la Bosnie-Herzégovine
Fidan a souligné que la Bosnie-Herzégovine occupe une place spéciale pour la Turquie, exprimant son souhait de faire progresser les relations bilatérales entre les deux pays dans tous les domaines.
"L'intégrité territoriale, la souveraineté et l'unité politique de la Bosnie-et-Herzégovine, ainsi que sa prospérité, sa paix et sa stabilité, sont d'une grande importance pour nous. Nos liens sont très forts. C'est pourquoi, dans nos relations bilatérales, nous agissons toujours dans le cadre de la fraternité, de l'amitié et de la coopération.”
"Nous soutenons le développement de la Bosnie-Herzégovine par le biais de projets dans les domaines de l'éducation, de la santé, des infrastructures et de la culture, ainsi que par des investissements économiques", a-t-il ajouté.
Il a souligné l'objectif d'Ankara de renforcer la coopération avec la Bosnie-Herzégovine par des "projets concrets" dans tous les domaines.