Trump-Netanyahu: divergences réelles ou simple jeu de rôles?
MOYEN-ORIENT
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Trump-Netanyahu: divergences réelles ou simple jeu de rôles?Donald Trump critique publiquement Netanyahu, JD Vance évoque de possibles chantages liés à l'affaire Epstein et Washington diverge d’Israël sur l'Iran. Duplicité ou divergences réelles: les alliés historiques jouent-ils encore la même partition ?
PHOTO D'ARCHIVES : le président américain Donald Trump rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Washington

Un aveu, et tout vacille. Le 16 juillet, dans le podcast de Joe Rogan, JD Vance lâche le mot qui ne devait jamais sortir : Epstein était “connecté à l'État profond israélien”. Une phrase, à peine nuancée dans la foulée, et c'est toute l'architecture de l'alliance américano-israélienne qui se fissure en direct. Car le vice-président des États-Unis ne parle pas en l'air : sa révélation succède à la décision du Pentagone de relever au plus haut son niveau d'alerte contre-espionnage visant Israël, après des soupçons de mise sur écoute du négociateur Steve Witkoff. Il parle aussi pendant que le détroit d'Ormuz se referme, que le baril s'envole et que la trêve de Versailles vole en éclats. Duplicité assumée ou lézarde stratégique irréversible ? L'alliance historique ne semble plus jouer la même partition, et personne, à Washington comme à Tel-Aviv, ne semble savoir qui a changé de tempo.

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Duplicité, chantage, dossier Epstein : le doute s'installe à Washington

Pour l'historien Youssef Boussoumah, interrogé par TRT Français, Il faut d'abord évacuer la lecture psychologisante d'un simple “choc de personnalités” entre Trump et Netanyahu. La contradiction est structurelle selon lui. “Depuis la guerre froide, Israël a servi de garant de l'ordre régional pour le compte de Washington, une fonction que les monarchies arabes ne  pouvaient pas assumer. Or ce rôle s'effrite depuis leur mise en échec historique par l'Iran.” L'historien relève par ailleurs que “le rythme des guerres israélo-arabes s'est considérablement accéléré depuis 1948, preuve qu'Israël échoue de plus en plus à contenir les révoltes palestinienne, libanaise, et la montée en puissance iranienne, qu'il est censé étouffer pour le compte de l'Occident.” Washington se retrouve alors contraint d'intervenir directement, au péril de ses propres intérêts dans le Golfe. Plus de 80 cibles frappées début juillet par le Pentagone, un blocus naval rétabli, des tirs iraniens sur la Jordanie et le Koweït, et surtout la fermeture du détroit d'Ormuz le 12 juillet, qui a fait bondir le baril de Brent de plus de 4 %. “Le point d'achoppement, c'est Ormuz”, résume Boussoumah, qui y voit la mesure exacte de l'échec israélien à “assurer l'ordre impérial.”

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Les coulisses de cette divergence stratégique révèlent ainsi une noirceur inédite. Un document du FBI, déclassifié en janvier, s'appuyait sur une source humaine confidentielle pour affirmer qu'Epstein avait servi d'agent d'influence, chargé de compromettre des élites politiques et financières américaines dont Donald Trump. La thèse enfle rapidement, portée par la presse iranienne autant que par la mouvance pro-russe : Israël tiendrait, via les dossiers Epstein jamais rendus publics, un levier de chantage sur le président américain. De quoi expliquer la thèse, pour ceux qui la défendent, d'un Donald Trump embarqué de force dans une guerre qu'il ne souhaitait pas. Vraie ou fausse, la théorie prospère sur un terreau bien réel : celui d'une duplicité désormais établie entre les deux administrations. L'homme qui se voulait l'allié le plus “inconditionnel” de Netanyahu est donc également celui qui l'aurait traité de “complètement cinglé” au téléphone, selon Axios. Le revirement est total. 

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AIPAC, le prix de la guerre

Rien de tout cela n'est un hasard. C'est l'expression d'un violent rapport de force. Joe Kent, ex-directeur démissionnaire du Centre national américain contre le terrorisme, avait mis les mots dessus dès mars : cette guerre a été déclenchée sous la pression d'Israël et de son lobby américain. Les chiffres confirment le diagnostic : 28 millions de dollars versés par l'AIPAC aux campagnes du Congrès sur le cycle 2025-2026, verrouillant tout espace diplomatique avec Téhéran. Le sénateur Lindsey Graham, lui, assume la théologie politique qui scelle cette alliance : “lâcher Israël reviendrait à être lâché par Dieu.” Mais cette toute-puissance a un prix, et Boussoumah le situe précisément à la Knesset où personne ne conteste Netanyahu. “Netanyahu avait vendu une aventure rapide à son opinion publique”, résume l'historien. Mais on s'achemine vers une guerre d'attrition dont on ne voit pas le bout du tunnel.” Le chef du gouvernement israélien est donc pris en étau entre une opposition – en phase sur les objectifs stratégiques, mais qui pointe du doigt son inefficacité, et une administration américaine qui s'est laissée embarquer dans un conflit en contravention avec ses intérêts économiques. 

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Le socle craque, jusque dans la base MAGA

Le vertige ne s'arrête pas aux couloirs feutrés de Washington : il traverse désormais l'électorat lui-même, y compris chez les plus fidèles. Selon le dernier Pew Research, publié en avril, 60 % des Américains ont une opinion défavorable d'Israël, contre 53 % un an plus tôt et 40 % en 2022. 59 % n'ont plus confiance en Netanyahu. Même la communauté juive américaine, pilier historique du soutien inconditionnel, se fissure : 56 % des Juifs américains disent n'avoir plus confiance dans le Premier ministre israélien, et près de quatre sur dix estiment qu'Israël commet un génocide à Gaza, une proportion qui grimpe à un sur deux chez les moins de 35 ans. Le président du J Street Jeremy Ben-Ami résume la bascule générationnelle : la défiance croissante des jeunes Juifs américains découle directement de la politique de Netanyahu et d'une loyauté “Israël, à tort ou à raison” devenue intenable. Mais le séisme le plus inattendu se joue à droite. Le socle MAGA lui-même s'effrite : un sondage New York Times/Siena montre que 38 % des électeurs républicains veulent voir le futur candidat du parti  “changer de direction” sur Israël, et près d'un tiers juge déjà Trump “trop favorable” à l'État hébreu. Chez les jeunes Républicains de 18 à 34 ans, seuls 22 % soutiennent encore les actions d'Israël contre 57 % de défiance chez les moins de 50 ans, taux qui n'était que de 24 % chez les plus de 50 ans en mars 2022. Le journaliste Tucker Carlson, la sulfureuse youtubeuse Candace Owens, et l'ex-élue trumpiste Marjorie Taylor Greene : la critique de l'alliance israélo-américaine n'est plus un tabou marginal, elle infuse le cœur du mouvement “America First”. Un basculement générationnel et confessionnel qui prive Netanyahu de ses deux amortisseurs historiques –la loyauté communautaire juive et la ferveur évangélico-conservatrice – et qui, conjugué à l'enlisement iranien et aux soupçons de duplicité entourant Trump, pourrait bien transformer la friction tactique actuelle en rupture stratégique durable entre les deux alliés.

Vers l'isolement de Netanyahu ?

Le mémorandum d'Islamabad devait pourtant tout réparer : réouverture d'Ormuz contre levée du blocus, accord final sous 60 jours, garanti par le Conseil de sécurité. Signé à distance le 17 juin, paraphé en grande pompe par Trump à Versailles. Un texte qu'un observateur qualifiait déjà, avant même sa signature, de simple “engagement à s'engager” révocable à tout instant. Il n'a pas tenu un mois. Le 7 juillet, les frappes reprenaient. Pour Boussoumah, tout se joue maintenant sur un seul facteur : “la résilience iranienne”, seule capable de forcer Washington à revenir à la table. D'autant que la production américaine de missiles antimissiles montrerait ses limites,  avec une échéance critique évoquée à la mi-août.

Si l'Iran encaisse et tient, l'isolement devient, selon l'historien, presque mécanique, “pas seulement celui de Netanyahu, mais celui du projet israélien tout entier.” Le plan de Trump à Gaza ne convainc en effet plus personne, le Hezbollah reste debout au Liban. Youssef Boussoumah pousse la comparaison jusqu'au bout : Israël suivrait la trajectoire des “indépendances de colons” cherchant à s'émanciper d'une métropole lasse de payer le prix de l'alliance, comme l'Afrique du Sud de l'apartheid, lâchée par l'Occident dans les années 1980 quand le coût a dépassé le bénéfice. Reste que  rien n'est scellé : implication croissante des Européens, présence saoudienne remarquée aux obsèques du guide suprême Ali Khamenei, tensions naissantes entre Riyad et Abou Dhabi, la région se recompose à vue d'œil. Washington, pragmatique par obligation plus que par choix, va devoir trancher entre un allié de moins en moins tenable et des intérêts pétroliers qui lui échappent déjà. La mi-août s'annonce comme l'échéance que ni Trump ni Netanyahu ne pourront fuir.

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SOURCE:TRT Français