Alerte rouge inédite aux Pays-Bas, records atteints en Suisse et attendus en Allemagne : plus de 101 millions d'Européens, dont quelque 50 millions en France, ont enduré ce jeudi des températures supérieures à 35 °C, au moment où les autorités espagnoles et françaises commencent à comptabiliser les morts liés à cette vague de chaleur exceptionnelle.
“C'est la nouvelle normalité. Ces températures, ces nuits blanches, eh bien, il va falloir s'y adapter, c'est notre réalité”, estime Polly Turton, responsable de l'action climatique de Shade the UK, une entreprise qui adapte les lieux publics au changement climatique. “Et pour l'instant, le Royaume-Uni ne s'est pas du tout adapté”, regrette-t-elle.
L'alerte rouge “chaleur extrême”, très rarement émise, a été prolongée jusqu'à vendredi soir pour Londres et une partie du sud-est par l'agence nationale de météorologie.

Au total, les températures maximales devraient dépasser 30 °C pour plus de 380 millions d'habitants en Europe (hors Türkiye), soit près des deux tiers de la population, selon une analyse de l'AFP réalisée à partir des prévisions du service météorologique allemand et des projections de population en 2025 du Joint Research Center.
En Espagne, les autorités ont recensé au moins 212 décès de dimanche à mercredi pouvant être attribués à la vague de chaleur.
En Italie, le quotidien Corriere della Sera a recensé cinq morts liées à la chaleur, dont deux ouvriers agricoles et un maçon.
L'Allemagne a connu jeudi des températures dépassant les 40 °C par endroits, battant des records absolus. Plusieurs événements sportifs et culturels en plein air ont déjà été annulés, comme le semi-marathon de Hambourg (nord).
En Italie, les tribunaux de Palerme (Sicile) ont annoncé suspendre toutes les audiences non urgentes jusqu'au 29 juin. Le célèbre musée des Offices de Florence a suspendu la vente de billets jusqu'à dimanche afin de limiter le nombre de visiteurs.
Le Danemark bascule presque entièrement vendredi en vigilance orange canicule, tandis que l'Autriche a émis l'alerte maximale pour le week-end et lundi à Vienne, dans l'est du pays ainsi que dans plusieurs villes du sud.
La Confédération européenne des syndicats (CES) a appelé jeudi l'Union européenne à instaurer des « pauses fraîcheur » obligatoires pour les travailleurs exposés à la canicule, à l'image des équipes de la Coupe du monde 2026, qui bénéficient d'interruptions de jeu liées à la chaleur.
Une France impréparée qui souffre
La France a commencé à recenser ses morts par noyade, à domicile ou dans la rue. Selon le ministère de la Santé, 25 arrêts cardiaques ont été recensés en 24 heures, contre 10 habituellement dans la capitale Paris.
Les autorités ont annoncé que les hôpitaux étaient “saturés” à Paris et dans son agglomération et un ministre a appelé les Français à être responsable et éviter de se rendre aux urgences si leur soin peut attendre.

Les autorités ont décidé d'interdire, à partir de vendredi midi, la consommation d'alcool dans la rue et les espaces publics, ainsi que la vente d'alcool à partir de 18 h 00.
50 000 foyers ont été privés d’électricité jeudi soir. La SNCF appelle les voyageurs à reporter leurs déplacements. Mercredi, un chauffeur de bus de la RATP a fait un malaise à Paris. Son bus n’était pas climatisé et la température à bord dépassait les 40 °C. Des centaines d’écoles sont encore fermées, mais l’épreuve du brevet des collèges est maintenue ce matin.
Le tableau donne le sentiment d’un pays dépassé et nullement préparé à ces températures historiques mais qui vont devenir récurrentes.
Après la canicule de 2003 et les 19 000 décès qu’elle a provoqués, les autorités françaises avaient promis de prendre le réchauffement climatique au sérieux. Plus de 20 ans après, force est de constater que la France n’est pas équipée pour gérer des températures élevées.
Les différents plans canicule ont mis l’accent sur la communication, la prévention et les établissements accueillant des personnes âgées, qui disposent aujourd'hui d'une pièce climatisée. Les chambres restent toutefois souvent non équipées et l’achat d’un ventilateur ou d’un climatiseur est laissé aux bons soins de la famille.
Le gouvernement est particulièrement critiqué au sujet du Fonds vert. En 2023, l'exécutif a lancé un vaste plan visant à rénover entre 40 000 et 44 000 écoles en dix ans.
Mais la baisse de la dotation du Fonds vert a ralenti ce programme. Cette enveloppe est passée de 2,4 milliards d'euros en 2024 à 837 millions d'euros en 2026, dont près de 20 % sont actuellement gelés pour des raisons budgétaires.
Certaines villes ont annoncé vouloir équiper leurs écoles de ventilateurs et d’air conditionné comme la ville de Caen ou la ville de Franconville dans le Val-d’Oise, reste à savoir si cela sera effectif lors de la prochaine vague de chaleur.





















