"Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte", a déclaré le chef de l'État dans une allocution d'une dizaine de minutes.
Il a dénoncé "des factieux issus de groupuscules d'ultra-gauche, rejoints par de nombreux délinquants", qui "se sont livrés à une violence débridée dans nos villes". Mais, "jamais nous ne devons confondre" les manifestants aux "revendications légitimes" avec "ceux qui ont détruit, cassé, pillé".
Emmanuel Macron a également promis "la transparence" quant à la stratégie controversée de maintien de l'ordre employée samedi. Il demande au ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, dont plusieurs dirigeants de l'opposition exigent la démission, de "tirer toutes les leçons" des événements, disant attendre "des réponses claires".
Ce matin, le ministre de la Justice veut montrer que le gouvernement est en ordre de marche. "Il y a plus de 80 % de poursuites de la part des procureurs de la République", a affirmé Gérald Darmanin sur France 2. "C'est un taux qui n'a jamais été égalé, ce qui montre la fermeté de la justice et le suivi de mes instructions."
Sur les 2 331 personnes placées en garde à vue depuis samedi en France, 70 % sont majeures. La plupart sont encore aujourd'hui en garde à vue.
Un discours jugé pas à la hauteur
Dans les prochains jours, les préfets pourront "interdire" certains rassemblements pour "protéger nos villes", a annoncé le président français, qui maintient son déplacement de trois jours prévu à partir de lundi dans le Golfe.
Favorite de la présidentielle d'avril-mai, Marine Le Pen (RN, extrême droite) a dénoncé une "crise profonde" qui fait peser une "menace pour la démocratie", dans une vidéo au ton très solennel publiée sur ses réseaux sociaux.
Accusé par le gouvernement et ses adversaires d'attiser les violences, le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, lui aussi candidat à cette élection, a appelé Emmanuel Macron à mettre fin au "pourrissement" et à donner une réponse à la jeunesse.
Le président a appelé les "partis politiques", mais aussi les "organisations professionnelles et syndicales", à "condamner sans ambiguïté" les violences et a insisté sur la proximité de la présidentielle, dans six mois exactement.
Ces violences ont donné lieu à 2 397 interpellations, tandis que 997 policiers et gendarmes ont été blessés, dont sept grièvement, selon le ministère de l'Intérieur.
Pour rappel, une jeune fille a perdu un œil à Mulhouse et un jeune homme a eu la main arrachée à Saint-Étienne, probablement par des armes intermédiaires de la police.
Aucune annonce concernant ces revendications (lutte contre la vie chère, défense des services publics, etc.) n'a été faite pour l'instant par le chef de l'État. Mais le Premier ministre réunira prochainement des partis politiques, des syndicats, des collectivités et des parlementaires, a-t-il promis.
Colère des maires
Grégory Doucet, maire de Lyon (Les Écologistes), a appelé ce matin sur BFMTV à "apporter des réponses très rapides" aux commerçants dont le magasin a été pillé et attaqué à Lyon, ainsi qu'à ceux dont les magasins ont été dégradés ailleurs en France.
Pour l'édile, Emmanuel Macron n'a apporté aucune réponse hier lors de son allocution. Il demande "la mise en place d'un fonds de solidarité" pour aider les commerçants touchés.
Avec les maires de Marseille et de Paris, il a demandé à être reçu par le Premier ministre, sans avoir pour l'instant obtenu de date de rendez-vous.
Épicentre de la mobilisation parisienne et des heurts de samedi, la place de la République a de nouveau été le théâtre d'affrontements dimanche après-midi avec les forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule.
Samedi, les affrontements et les pillages ont continué jusque tard dans la nuit dans plusieurs villes, faisant ressurgir le débat brûlant sur les failles du maintien de l'ordre, dénoncées notamment par les maires de Paris, de Marseille et de Limoges.
Mairies attaquées, magasins saccagés, rues jonchées de débris... Dans les nombreuses cités victimes des violences, l'heure était au bilan, à la désolation et parfois à la colère. Quelque 7 000 personnes, dont de nombreux élus, se sont rassemblées dimanche à Limoges, dont la mairie a été dévastée par un incendie.
Plusieurs centaines de millions de dégâts
Dans toute la France, pas moins de 1 500 commerces ont été pris pour cible samedi, selon Alexandre Bompard, le président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui a évalué les dégâts à "plusieurs centaines de millions d'euros".
Le ministre du Commerce, Serge Papin, réunira lundi matin les fédérations représentant les commerçants et les distributeurs, les hôteliers et les restaurateurs, ainsi que les banques et les assurances.
Habituée des grandes mobilisations, la France a déjà connu des épisodes de violences avec les "gilets jaunes" en 2018-2019 ou lors des manifestations contre la réforme des retraites en 2023.
Mais la journée de samedi marque, selon certains observateurs, un point de bascule.
À Paris, "des rues entières ont été méthodiquement ravagées", a déploré son maire socialiste, Emmanuel Grégoire.
Celui de Limoges, Guillaume Guérin (LR, droite), a accusé l'État d'avoir "abandonné ses policiers nationaux face à des hordes de sauvages".
Le maire de Marseille, Benoît Payan (divers gauche), avait, dès samedi, "demandé des comptes" pour comprendre comment "des gens ont pu impunément casser".
Une commission d'enquête parlementaire sur les violences va être mise en place pour examiner la stratégie de maintien de l'ordre.
En attendant, l'Association des maires de France (AMF) a appelé à des rassemblements lundi devant les mairies pour alerter sur un "vrai risque pour toute la Nation".
La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger. "La France brûle", a écrit le président américain Donald Trump, estimant que ce pays était "brisé" par l'immigration.
Cette journée constituera "sans doute une césure", selon le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, choqué par le niveau de violence, à l'unisson du reste de la presse étrangère.





















