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"Pas de Suisse à 10 millions !" : une votation à haut risque
Selon les sondages, le résultat sera serré quel que soit le camp. Les Suisses votent ce 14 juin sur l'initiative "Pas de Suisse à 10 million." Un vote qui peut remettre en question ses liens avec l’Union européenne.
"Pas de Suisse à 10 millions !" : une votation à haut risque
Le 14 juin, les Suisse devront se prononcer sur le "Pas de Suisse à 10 millions", initiative de l'UDC, parti d'extrême droite

Si le vote avait eu lieu le 23 mai, le texte de l’Union démocratique du centre (UDC) aurait été rejeté par 52 % de la population, selon le deuxième sondage SSR réalisé par l’institut gfs.bern.

En Suisse romande, plus de 60 % des personnes interrogées rejettent l’initiative "Pour une Suisse à 10 millions". Le non y a gagné huit points en un mois. La Suisse alémanique, elle, est divisée en deux camps de taille quasi identique : 50 % de non (+4 points) contre 48 % de oui (-2 points).

Avec cette initiative "Pas de Suisse à 10 millions" (initiative pour la durabilité), l’UDC dénonce la hausse démographique qu’a connue la Suisse ces dernières décennies, en partie due à l’accord bilatéral de libre circulation des personnes signé avec l’Union européenne. Ce parti populiste d’extrême droite a fait du rejet de l’immigration et du refus de l’adhésion à l’Union européenne son fonds de commerce.

Si ce texte est accepté par la population et par les cantons (système à double majorité), le Conseil fédéral devra prendre des mesures afin que la population résidente permanente de la Suisse ne dépasse pas les 10 millions avant 2050.

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Pascal Sciarini, professeur de science politique à l’université de Genève, décortique les ressorts du discours de ceux qui soutiennent l’initiative. Le discours de l’UDC "permet des raccourcis simplificateurs qui plaisent à une partie de l’électorat. Concrètement, l’UDC se sert des étrangers comme boucs émissaires, qui seraient responsables de tous les problèmes existants en Suisse, des problèmes de pollution, des difficultés à trouver un logement en passant par les trains bondés, alors qu’en fait, il s’agit de problèmes d’infrastructures qui n’ont pas suivi le développement démographique".

La Suisse est-elle devenue anti-immigration ?

La Suisse n’échappe manifestement pas à la vague populiste qui balaie l’Europe, de la France à la Pologne en passant par l’Allemagne. Mais la démocratie directe permet d’imposer des débats dans la sphère publique à travers une multitude d’initiatives qui débouchent parfois sur un vote lorsque suffisamment de signatures ont été rassemblées.

Mais quelle est la cible de ce texte : les migrants ou l’Union européenne ? "Si la cible immédiate, ce sont les étrangers, indirectement ou par ricochet, ce sont en fait les pays européens, et d’ailleurs, l’initiative prévoit explicitement que si on dépasse ce fameux seuil de 10 millions d’habitants, le Conseil fédéral (notre gouvernement) devra renégocier ou carrément dénoncer l’accord de libre circulation des personnes avec l’Union européenne, donc c’est aussi un vote anti-Union européenne", admet Pascal Sciarini.

La Suisse n’est pas membre de l’Union européenne, mais étant située au centre de l’UE, elle a choisi de négocier des accords par secteur, ce qui lui permet une certaine intégration européenne sans être membre à part entière. L’idée d’une adhésion a été abandonnée.

Le stress monte avant la votation

L’enjeu est donc de taille et va au-delà des embouteillages sur les autoroutes ou des problèmes de logement. Tous les partis, de gauche comme de droite, appellent à voter non ce dimanche. Le monde économique appelle également à voter non, car il a besoin de cette main-d’œuvre européenne ou extra-européenne. Tous estiment que le projet de l’UDC mettrait en danger la prospérité de la Suisse et risquerait de semer le chaos, mais les sondages prédisent invariablement deux camps quasi identiques entre le oui et le non.

Carlo Sommaruga, conseiller aux États socialiste, espère que le non l’emportera : "C’est vrai que c’est une bataille extrêmement importante. Tout le monde s’en rend bien compte. Les fonds qui sont investis pour les campagnes sont extrêmement importants. La mobilisation de chacune et chacun des élus fédéraux est très importante."

"Il y a un vrai stress, et sincèrement, je ne peux pas vous garantir aujourd’hui que ça ne passera pas. Les sondages, il y a un mois encore, donnaient le oui gagnant, de peu, mais gagnant", ajoute Pascal Sciarini. "Il y a une vraie peur de la part de l’économie, il y a une vraie peur de la part du Conseil fédéral, parce qu’au-delà des conséquences économiques désastreuses que cela aurait, une victoire du oui mettrait en péril nos relations bilatérales avec l’Union européenne."

L’adoption de ce texte obligerait Berne à revoir les accords bilatéraux signés par la Suisse avec l’Union européenne, notamment l’accord de libre circulation des personnes, l’accord Schengen-Dublin issu des accords bilatéraux II, et mettrait certainement l’Union européenne dans une très mauvaise disposition en vue de la ratification des accords bilatéraux III.

Le parti qui a lancé cette initiative est clairement isolationniste. Il veut croire à une destinée hors de l’Union européenne, avec une relation transatlantique privilégiée qui pourrait soutenir l’économie locale, tout en permettant de "choisir son immigration" et de préserver une forme de "pureté suisse".

Les opposants à cette initiative se rassurent toutefois en rappelant que plusieurs fois le peuple suisse n’est pas allé dans le sens anti-immigration de l’UDC. Ainsi, le 27 septembre 2020, l’initiative "Pour une immigration modérée" a été rejetée par 61,7 % des votants.

Mais l’initiative populaire "contre l’immigration de masse" a été acceptée par le peuple et les cantons le 9 février 2014 à la surprise générale. Le gouvernement a alors dû négocier un aménagement de la libre circulation des personnes avec Bruxelles.

Quel que soit le résultat du dimanche 14 juin, l’Union démocratique du centre a clairement réussi, au gré des initiatives et des votations, à imposer dans le paysage politique suisse deux de ses thèmes de prédilection : le contrôle de l’immigration et la souveraineté nationale.

SOURCE:TRT français et agences