POLITIQUE
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Coupe du monde 2026: la FIFA, cet obscur objet du football
La Coupe du monde 2026 a été marquée par de nombreuses polémiques. Arbitrage mis en cause, suspension annulée, visas refusés: la planète foot en sort interloquée et certains demandent la démission de Gianni Infantino, le président de la FIFA.
Coupe du monde 2026: la FIFA, cet obscur objet du football
L'Argentine a gagné 3 buts à 1 lors des quarts de finale contre la Suisse / FIFA

Gianni Infantino, le président de la FIFA est déjà en campagne pour sa réélection. Il est candidat à sa propre succession pour un quatrième mandat le 18 mars 2027 lors du 77e Congrès de la FIFA qui se déroulera au Maroc.

Et les critiques qui ont cours ne semblent pas inquiéter le patron de la FIFA outre mesure. Et pourtant, si chaque coupe du monde a le droit à son lot de polémiques mais cette coupe organisée par les États-Unis, le Mexique et le Canada a révélé plus que jamais auparavant la mainmise du politique sur la planète foot mondiale.

Les commentaires vont bon train sur les réseaux sociaux et les internautes qualifient cette coupe du monde de compétition la plus corrompue de l’histoire. De nombreux événements ont en effet créé un climat de suspicion.
Quand l’équipe d’Iran se voit refuser des visas pour rejoindre son camp d'entraînement aux États-Unis début juin, la FIFA ne proteste pas vraiment. Une solution est trouvée, l’équipe iranienne sera accueillie par le Mexique. La fédération iranienne a porté plainte auprès de la FIFA, sans résultat à ce jour.

Impuissance également de la FIFA lorsque l’arbitre somalien Omar Artan se voit refuser un visa d’entrée aux Etats-Unis. L'instance rappelle tout simplement qu'elle n'a aucun contrôle sur les politiques d'immigration du pays hôte mais a néanmoins décidé de lui verser l'intégralité de ses primes de match.

La non-intervention de la FIFA fait réagir mondialement. A tel point que l'UEFA a décidé de désigner l'arbitre somalien Omar Artan pour diriger l'édition 2026 de la Supercoupe de l'UEFA, qui opposera, le 12 août prochain à Salzbourg, le Paris Saint-Germain à Aston Villa.

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Un autre événement semble confirmer que l’instance mondiale du football ne souhaite vraiment pas fâcher les États-Unis. La FIFA annule le 5 juillet la suspension du meilleur buteur de l'équipe américaine, Folarin Balogun,  pour qu’il puisse jouer les quarts de finale face à la Belgique. Le recours de la Belgique déposé auprès de la FIFA est même retoqué. 

Un événement digne d’une histoire belge qui fait dire au sélectionneur belge qu’il ne savait pas que le 5 juillet était l’équivalent du 1er avril aux États-Unis.
Cette décision rarissime suscite d’autant plus l’émoi que Donald Trump admet benoîtement avoir personnellement appelé le patron de la Fédération internationale de football (FIFA), Gianni Infantino pour réclamer une levée de la suspension. 

Le journaliste sportif indépendant Abdellah Boulma qualifie cette situation de très grave: “La suspension d'un match a été levée par le président de la Commission de discipline de la FIFA sans consultation,  il faut le préciser, des autres membres, selon plusieurs révélations de certains confrères. Le second point qui pose problème, Donald Trump a affirmé avoir appelé Infantino, il y a donc un problème d'équité par rapport aux autres équipes.

La Belgique a protesté, l’UEFA a protesté, mais la FIFA n’a pas bougé.”

Après cette coupe du monde, l'image de la FIFA et du football est écornée, conclut-il. “Ce qui se passe aujourd'hui, c'est terrible pour l'équité, pour l'image de la FIFA. Ça fait un bon bout de temps que les gens, que le grand public est très méfiant vis-à -vis de la FIFA, certains footballeurs aussi.”

Des doutes sur l’arbitrage

L’intervention en faveur de l’équipe américaine nourrit notamment les accusations de favoritisme envers l’Argentine. La Suisse ne décolère pas après l'expulsion de son attaquant en quart de finale ce week-end. Le sélectionneur suisse Murat Yakin a vivement contesté l'expulsion de Breel Embolo. L'interprétation du règlement lui paraît "absolument incompréhensible". Le deuxième carton jaune reçu par l'attaquant à la 72e minute a constitué le véritable tournant du match. "Jusque-là, nous dominions notre adversaire", a déclaré Yakin en conférence de presse. Le journal 24Heures pose la question: “L’expulsion d’Embolo était-elle vraiment régulière?”

Un autre match fait l’objet de critiques. Les Égyptiens ont été éliminés en huitième de finale par l’Argentine et la Fédération égyptienne accuse l’arbitre d’avoir favorisé l’équipe sud-américaine, dénonçant des "erreurs d'arbitrages flagrantes" face à l’Albiceleste. La Fédération égyptienne de football a même officiellement déposé une plainte contre François Letexier.

Lors des huitièmes de finale, l'arbitre tricolore a refusé un but de Mustapha Zico en début de deuxième période, après intervention de la VAR, en raison d'une faute au départ de l'action. Journalistes, sportifs ou spectateurs dénoncent une application variable des cartons rouges et des penalties d'un match à l'autre – une utilisation de la VAR (assistance vidéo) très variable également, tout cela crée un sentiment d'injustice, comme l'ont illustré des matchs à fort enjeu. Mais pourquoi cela engendre des soupçons de favoritisme, de match truqué ?

Assiste-t-on à une dérive de la FIFA?

Finalement le football version FIFA donne plus à voir une compétition mondiale qui doit servir des intérêts financiers et les intérêts politiques des pays hôtes. Pour Donald Trump, cette compétition doit être une vitrine de la puissance américaine.
Martin Marcus Mimb, journaliste camerounais, veut rappeler comment fonctionne le patron de la FIFA, ce qui pour lui explique tous les problèmes actuels. “Pour comprendre ce qui se passe durant cette Coupe du monde, il faut remonter à comment elle a été attribuée. Il y avait la candidature marocaine qui était une candidature tenue d'ailleurs par des anciennes gloires et elle avait un certain poids. Infantino a convoqué individuellement tous les présidents de fédérations africaines dans sa suite pour leur dire clairement que s'ils ne votaient pas pour la candidature des États-Unis, le Canada et autres, ils allaient avoir un problème personnel avec la FIFA.”

Cette coupe du monde est donc le jouet de Trump, “une petite boutique américaine où Trump fait ce qu'il veut” ajoute le journaliste. 

Le football est politique depuis longtemps, rappelle Abdellah Boulma. “La politique et la FIFA sont intimement liés. Donc effectivement, le président Infantino, aujourd'hui, c'est bien plus qu'un président, c'est une personnalité, un homme très puissant. Lorsqu'il se déplace, il est reçu comme un chef d'État.”

Mais que dire quand le foot diplomatie crée le doute sur la probité du jeu? 

Le journaliste camerounais assure que Sepp Blatter, le prédécesseur de Gianni Infantino, a été débarqué de sa présidence de la FIFA parce que les États-Unis voulaient son départ.
“Les États-Unis ont le droit d'intervenir dans les enquêtes de toutes les institutions qui utilisent le dollar comme monnaie, et donc comme la FIFA utilise le dollar, les Etats-Unis peuvent enlever le président de la FIFA quand ils le veulent et je pense qu'à la FIFA on a jamais oublié l'épisode Blatter et la décision des États-Unis de le sortir.”

La chute de Sepp Blatter à la tête de la FIFA a été provoquée par le vaste scandale de corruption révélé par la justice américaine en mai 2015. Le 27 mai 2015, à la veille du congrès électif de la FIFA, sept hauts responsables du football mondial sont arrêtés à Zurich à la demande des autorités américaines, acculé par les enquêtes du FBI, Josep Blatter annonce sa démission le 2 juin 2015. Selon lui, les autorités américaines agissaient par rancœur après l'échec de la candidature américaine pour l'organisation de la Coupe du monde 2022

Une pétition internationale a été lancée pour demander la démission de Infantino mais elle n’a généré qu’un peu plus de 6 000 signatures.

La démission du patron de la FIFA est peu probable et sa non reconduction à la tête de l'organisation mondiale du football également selon le journaliste Abdellah Boulma: “Je ne vois pas comment Infantino pourrait être délogé de son siège. C'est quelqu'un de très intelligent, comme l'a été Josep Blatter, son prédécesseur. Ces présidents tissent des liens avec les principaux présidents des fédérations à l'international, que ce soit africaine, celle de l'Asie, de l'Amérique latine, et ils sont acquis  tous ces gens là à sa cause”.

Il faudra peut-être attendre la fin de cette coupe du monde 2026 pour que la polémique s’apaise. Le bilan financier de ce Mondial pourrait faire oublier les doutes et les couacs. Après 100 matchs, le Mondial 2026 frôle le plein : 6,53 millions d’entrées et 99,7 % de remplissage avant les demi-finales a annoncé hier la FIFA.

La vraie échéance désormais pour cette organisation est son 77e Congrès. Est-ce que certaines fédérations vont vouloir la forcer à se réformer ou est-ce que Gianni Infantino sera adoubé pour un quatrième mandat de suite ? Rendez-vous au Maroc le 18 mars prochain pour le savoir.

SOURCE:TRT Français