Les États-Unis ont décidé de renouer avec Gavi, l'Alliance mondiale pour les vaccins, afin de contenir l'épidémie d'Ebola qui sévit actuellement dans l'est de la République démocratique du Congo et dans l'ouest de l'Ouganda.
Marco Rubio, le secrétaire d'État américain, a déclaré devant la commission des affaires étrangères du Sénat que la décision de renouer le dialogue avait été prise il y a quelques semaines.
"Le département d'État a décidé il y a quelques semaines de reprendre le dialogue sur la question de Gavi, en tenant compte également de la position du département de la Santé et des Services sociaux à ce sujet", a déclaré Rubio. "Nous souhaitons parvenir à une solution acceptable pour le Congrès et conforme à nos objectifs en matière de santé mondiale."
La directrice générale de Gavi, Sania Nishtar, s'est dite "très encouragée" par les propos de Rubio.
"Le déblocage des fonds alloués par le Congrès à Gavi nous permettrait de protéger le monde des menaces de maladies infectieuses", a-t-elle déclaré dans un communiqué. Elle a ajouté que le travail de Gavi à Bundibugyo soulignait l'importance de cette mission.
Gavi aide les pays les plus pauvres du monde à acheter des vaccins afin de mieux protéger les enfants contre des maladies comme la rougeole et la diphtérie, mais intervient également en cas d'épidémie. L'organisation a débloqué 50 millions de dollars pour l'épidémie de Bundibugyo qui sévit actuellement en République démocratique du Congo et en Ouganda, dont 10 millions pour la réponse immédiate et 40 millions pour accélérer l'accès aux vaccins, encore au stade de leur développement.
Le budget de l'organisation genevoise a subi un coup dur en juin dernier, lorsque le secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr, a annoncé que les États-Unis cesseraient tout financement — soit environ 300 millions de dollars par an — au motif que Gavi négligeait la sécurité des vaccins. Kennedy, sceptique de longue date à l'égard des vaccins, n'a fourni aucune preuve à l'appui de ses affirmations.
Paradoxe ?
La reprise de la coopération avec Gavi semble contrarier la vision du désengagement international des États-Unis vis-à-vis du système sanitaire international et son opposition aux vaccins.
La politique sanitaire défendue depuis 2025 par Donald Trump et son secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr, repose sur plusieurs axes. Il y a d'abord la réduction des financements aux organisations multilatérales, le retrait des États-Unis de certaines structures internationales, ensuite la baisse de l'aide sanitaire extérieure et la remise en question de certains programmes vaccinaux. C'est dans ce contexte que Washington avait suspendu son financement à Gavi, privant l'alliance de plusieurs centaines de millions de dollars.
L'administration Trump, à l'observation, ne remet pas en cause sa politique mondiale de santé menée avant 2025 ; elle intervient parce qu'Ebola est perçu comme une menace directe pour les intérêts américains. Rubio lui-même a insisté sur la nécessité d'empêcher toute entrée du virus sur le territoire américain.
"Nous ne pouvons pas et ne permettrons à aucun cas d'Ebola d'entrer aux États-Unis", a déclaré le secrétaire d'État Marco Rubio mercredi lors de la réunion du cabinet du président Donald Trump.
La réponse de l'administration Trump, qui, selon elle, vise à contenir Ebola dans la région touchée par l'épidémie, marque une rupture avec l'épidémie d'Ebola de 2014, lorsque les États-Unis avaient traité des patients dans certains de leurs 13 centres spécialisés dans les maladies infectieuses.
Les États-Unis sont en pourparlers avec le Kenya concernant l'ouverture d'un centre de quarantaine pour les citoyens américains exposés au virus, ont indiqué mercredi deux responsables américains à Reuters. Le gouvernement est confronté à l'hostilité de la population kényane et à celle de la justice.
Lundi, des manifestations de colère ont pris de l'ampleur, notamment à Nanyuki, ville du centre du pays qui doit accueillir le centre de quarantaine. La police a fait usage de gaz lacrymogène, selon les agences de presse, tandis que deux personnes sont décédées des suites de blessures par balle après que les forces de l'ordre ont ouvert le feu, a déclaré à Reuters Patrick Wahome, organisateur des manifestations.
Aux États-Unis mêmes, plusieurs scientifiques sont opposés à la perspective de soigner des Américains à l'étranger. Amesh Adalja, chercheur principal au Centre pour la sécurité sanitaire de l'université Johns-Hopkins, a déclaré que les patients seraient mieux pris en charge dans des centres de soins des maladies infectieuses à confinement élevé aux États-Unis ou en Allemagne plutôt que dans un site nouvellement construit au Kenya.
"Je n'imagine pas qu'on puisse construire une installation de novo au Kenya qui atteigne le même niveau de qualité que celui que nous avons déjà dans ces centres NETEC", a-t-il déclaré.
"Ils savent gérer tous les aspects de la situation, depuis les soins aux patients jusqu'à la gestion des déchets, en passant par la mise à disposition des technologies nécessaires, par exemple si un patient a besoin de dialyse ou de ventilation mécanique."
Il a également déclaré que de telles mesures dissuaderaient les médecins de se porter volontaires pour cet effort.
La doctrine Trump reste fondée sur la réduction de l'engagement sanitaire mondial, mais l'épidémie d'Ebola pousse Washington à faire une exception au nom de la sécurité nationale américaine.
Toutefois, plusieurs experts et responsables humanitaires affirment que les réductions budgétaires américaines dans la santé mondiale ont affaibli les capacités de surveillance et de réponse en Afrique centrale, contribuant à rendre l'épidémie plus difficile à contrôler.
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