Quelle est l'ampleur de la menace que représente le kérosène pour les vacances d'été en Europe ? L'UE affirme ne pas être confrontée à des pénuries pour le moment, mais elle se prépare au pire et étudie différentes options, notamment l'utilisation de kérosène américain comme solution de secours.
Le conflit israélo-américain avec l'Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz ont fait flamber les prix du carburant d'aviation et font craindre des pénuries pendant la haute saison touristique en Europe.
Vendredi, l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) doit publier des recommandations sur l'autorisation d'utiliser le Jet A, un carburant d'aviation américain actuellement non utilisé en Europe pour des raisons techniques.
Parallèlement, la Commission européenne présentera les mesures dont disposent les États membres pour optimiser l'utilisation du kérosène, notamment en matière de chargement des avions et d'attribution des créneaux horaires aéroportuaires.
Qu’en est-il des stocks de kérosène en Europe ?
Bruxelles a insisté à plusieurs reprises sur le fait que l’UE à 27 n’est pas encore confrontée à des pénuries de kérosène.
“À ce stade, il s’agit davantage d’un problème économique et de coût du carburant que d’un problème de disponibilité”, a déclaré à l’AFP Matteo Mirolo, spécialiste du transport aérien.
Mais “nous devons penser à l’approvisionnement, d’autant plus que ce ne sera pas la dernière crise à laquelle nous serons confrontés”.
Avant la guerre du Moyen-Orient, environ 20 % du kérosène consommé en Europe transitait par le détroit d’Ormuz, qui est de facto fermé par le conflit.
Face à la flambée des prix, plusieurs compagnies aériennes, notamment les compagnies low-cost, ont annoncé des annulations de vols.
Si la crise perdure, Bruxelles se prépare à d’éventuels “problèmes de sécurité d’approvisionnement”, a déclaré mardi le commissaire européen à l’énergie, Dan Jorgensen.
“Nous n’en sommes pas encore là, mais cela peut arriver”, a-t-il ajouté.
La Commission a annoncé la semaine dernière la création d'un “observatoire des carburants” chargé de suivre la production, les importations, les exportations et les niveaux de stocks de carburants de transport au sein de l'UE. Il devrait être opérationnel dans les prochains jours.
Jusqu'à présent, l'UE ne disposait pas d'une vue d'ensemble détaillée des stocks stratégiques de carburants dans les États membres.
La législation européenne impose aux pays de détenir des stocks de pétrole équivalents à 90 jours d'importations nettes et à 61 jours de consommation intérieure, sans toutefois faire de distinction entre les différents produits tels que l'essence, le gazole ou le kérosène.
Selon une source au sein de la Commission, certains pays, comme l'Irlande, sont plus vulnérables en raison d'un manque de capacités de raffinage, tandis que d'autres, comme la Finlande, semblent mieux préparés.
Cette même source s'inquiète également du fait que certaines compagnies aériennes pourraient profiter de la crise pour abandonner les lignes non rentables.
Quelles seront les annonces de l'UE ?
Il ne faut pas s'attendre à de nouvelles mesures majeures de la part de Bruxelles à ce stade.
La Commission s'efforcera cependant de préciser aux gouvernements et aux compagnies aériennes les outils existants qu'ils peuvent utiliser pour garantir une utilisation aussi efficace et économique que possible du kérosène.
Il est probable que les règles limitant le ravitaillement en vol, pratique consistant pour les avions à transporter plus de carburant que nécessaire afin d'éviter d'acheter du carburant plus cher dans d'autres aéroports, soient assouplies.
Des mesures sont également prévues pour une flexibilité temporaire dans l'attribution des créneaux horaires afin d'éviter que les compagnies aériennes qui renoncent exceptionnellement à des créneaux en raison du coût élevé du carburant ne soient pénalisées lors des futures attributions.
Si la crise perdure, l'UE envisage une action coordonnée des États membres pour libérer les stocks d'urgence et partager volontairement le kérosène.
Bruxelles attend également vendredi les recommandations de l'AESA quant à l'opportunité de recourir à des carburants alternatifs produits aux États-Unis.
















