MOYEN-ORIENT
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Témoignage d’un militant de la Flottille Global Sumud: “Ils m’ont donné envie de lutter plus fort”
La nouvelle Flottille Global Sumud a été interceptée par l’armée israélienne dans la nuit du 30 avril au 1er mai. 175 militants ont été “kidnappés” et emmenés en Grèce. TRT Français a interviewé l’un de ces navigants.
Témoignage d’un militant de la Flottille Global Sumud: “Ils m’ont donné envie de lutter plus fort”
Les militants ont été emmenés vers l'aéroport en bus à Héraklion / Reuters

Guido Molinari de la délégation luxembourgeoise est rentré dimanche 3 mai de Crète où l’armée israélienne l’a déposé avec ses camarades. Il se souvient très bien de l’intervention de l’armée israélienne, il y a d’abord eu une valse de drones autour de son bateau, un va-et-vient plus intense que les jours précédents, mais ils étaient proches des eaux grecques, l’équipage ne pensait pas à une intervention militaire si loin d’Israël.

Dans la soirée, une vedette de l’armée israélienne a fait une première intervention, leur intimant de se placer à l’avant du bateau et de se tenir avec les mains derrière la tête.

Mais ils sont laissés seuls en pleine mer sans autre instruction, et le capitaine décide au bout d’une heure de rebrousser chemin vers la Grèce. Guido détaille alors comment tout s’est ensuite vite enchaîné : “Après une heure, ils se sont présentés toujours avec des armes pointées sur nous. Ils ont brouillé nos communications, le réseau, nous n'avions plus de contact avec la terre et les autres compagnons. Et là, ils sont montés sur notre bateau, ils nous ont contrôlés et ont détruit tout ce qui concernait la Palestine. Après, ils nous ont transférés sur un navire-prison, un “camp de concentration” je dirais car on était tous ensemble dans un espace encerclé par des conteneurs.”

Pendant une journée, ils sont regroupés ainsi, leurs manteaux leur sont enlevés, l’armée arrose le sol régulièrement pour que les militants ne puissent s’allonger. Si Guido n’a, lui, pas été blessé, il est encore choqué par la blessure reçue par un camarade placé juste à côté de lui : “Un compagnon très proche a été touché par des balles en caoutchouc, il était bien blessé. Je ne connais pas les armes, je suis pacifiste mais bon, la raison, je ne connais pas. Ça s’est fait comme ça.” Une violence gratuite qui va toucher plusieurs participants. Un a été traîné sur le sol, un autre projeté à plusieurs mètres. “Ils nous détestaient, je le voyais dans leur regard. S'ils pouvaient nous faire encore plus mal, ils l’auraient fait, je suis sûr.”

Patrick Bosch, membre du comité de pilotage de la Flottille Global Sumud, a fait le voyage depuis Luxembourg pour Héraklion dès qu’il a connu la situation, à son arrivée, il a rencontré les différents militants et organisé leur retour vers leurs pays d’origine. Trois bus ont été affrétés pour les emmener du port vers l’aéroport. Ils ont été laissés à quatre kilomètres des terminaux mais ont marché en chantant pour la Palestine.

Au-delà de la résistance de ces personnes et de leur motivation car certains étaient prêts à retenter la traversée, le comité organisateur de la Flottille condamne la violence de l’armée israélienne sur des civils non armés. 34 personnes ont été blessées. “Ils ont des bleus, des commotions cérébrales et d'autres blessures. Une personne a le nez cassé, une autre six côtes cassées. Malheureusement, nous avons aussi connaissance de trois cas d'agression sexuelle et un cas de viol,” assure Patrick Bosch. Les soldats israéliens se seraient déchaînés lorsque les militants ont refusé de bouger tant que leurs deux camarades Saif Abukeshek et Tiago Avila n’étaient pas libérés avec le reste du groupe. Les deux hommes, organisateurs historiques des Flottilles pour Gaza ont été emmenés en Israël et y sont aujourd’hui en détention. L’un serait accusé de terrorisme, l’autre d’actes illégaux.

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Une opération israélienne avec le soutien grec

Patrick Bosch, du comité de pilotage de la Flottille Global Sumud, admet que l’opération menée par l’armée israélienne les a tous surpris car elle a eu lieu très près de la Grèce dans les eaux territoriales internationales. “Personne ne s'attendait, pour être honnête, à une intervention si loin des côtes israéliennes, notamment parce que les capacités d’intervention de l'armée israélienne ne sont pas possibles à cette distance sans soutien extérieur. Donc le soutien du gouvernement grec leur a permis de mener cette opération en ramenant en fin de compte le problème ailleurs, sans avoir 80 bateaux qui arrivaient prochainement sur la côte israélienne car ça qu'ils auraient eu du mal à gérer.”

Guido, le militant luxembourgeois, renchérit, la coopération grecque lui saute aux yeux au bout d’une journée sur son bateau-prison. “Nous avons lancé beaucoup de messages, des appels à l’aide, et ils ne nous ont jamais répondu (les gardes-côtes grecs). Le lendemain, on a compris, ils ont aidés l’armée israélienne à coordonner l'opération et ça, c'est inacceptable.”

Depuis son retour en Europe, il reçoit des messages de soutien, au-delà du soulagement d'être sain et sauf, la pensée qu’un État européen coopère pour stopper une flottille humanitaire vers Gaza le taraude. “Un gouvernement européen a soutenu cette opération israélienne et ils m'ont donné envie de lutter encore plus fort de manière pacifique car nous sommes un mouvement pacifique, non violent.”

SOURCE:TRT Français