La Banque nationale d’Angola a élargi la liste des devises que les banques commerciales peuvent utiliser pour satisfaire à leurs obligations réglementaires. Les établissements bancaires sont désormais autorisés à déposer des yuans auprès de la banque centrale au titre de leurs réserves obligatoires en devises.
La monnaie chinoise rejoint ainsi le dollar américain, l’euro et le rand sud-africain parmi les devises admises par les autorités monétaires angolaises.
Cette mesure permettra notamment aux banques ayant des recettes ou des opérations avec la Chine de conserver davantage de yuans, au lieu de les convertir systématiquement en dollars ou en euros. Elle pourrait ainsi réduire les coûts de change et faciliter le financement des importations angolaises en provenance de Chine.
Pour l’analyste économique Idriss Linge, cette évolution s’inscrit dans une stratégie chinoise plus large de réduction de la dépendance au dollar, sur fond de rivalité commerciale et financière entre Pékin et Washington.
“La Chine a été l’un des principaux acheteurs d’or sur le marché mondial. Avec d’autres pays, elle contribue à renforcer la place de l’or dans les réserves des banques centrales, au détriment notamment des titres de dette publique américains”, explique-t-il à TRT Français.
Une relation économique stratégique
L’Angola est l’un des principaux partenaires commerciaux de la Chine en Afrique. Selon les données de la Chambre de commerce Angola-Chine, les échanges entre les deux pays ont atteint environ 20 milliards de dollars en 2025, malgré un recul de 16 % par rapport à l’année précédente.
Luanda exporte essentiellement du pétrole brut vers la Chine, qui demeure l’un des principaux débouchés de la production angolaise. En retour, l’Angola a bénéficié d’importants financements chinois pour la construction de routes, de ponts, de chemins de fer et de bâtiments publics.
En autorisant l’utilisation du yuan dans les réserves obligatoires des banques, Luanda adapte donc progressivement son architecture financière à la structure de ses échanges commerciaux.
La Chine n’est plus seulement un acheteur majeur du pétrole angolais. Elle est également l’un des principaux créanciers et investisseurs du pays.
Une dédollarisation encore limitée
Le dollar demeure toutefois, de loin, la principale monnaie de réserve et de règlement des échanges internationaux en Angola en particulier et en Afrique en général. Mais les initiatives destinées à réduire la dépendance à la devise américaine se multiplient sur le continent.
L’Afreximbank a notamment lancé le Système panafricain de paiement et de règlement, connu sous l’acronyme PAPSS. Ce dispositif permet aux entreprises africaines d’effectuer des paiements transfrontaliers dans leurs monnaies locales, sans passer systématiquement par le dollar ou une autre devise étrangère.
“ La dédollarisation progresse également grâce au PAPSS, qui permet de régler des transactions dans les monnaies locales de plusieurs pays africains et gagne progressivement du terrain” , souligne Idriss Linge.
La Zambie a, pour sa part, commencé à accepter les paiements en yuans des impôts et redevances dus par certaines entreprises minières chinoises. Les premiers règlements ont débuté en octobre 2025.
Cette décision constitue une nouvelle illustration de la progression de la monnaie chinoise dans les échanges commerciaux et les finances publiques africaines.
À terme, l’intégration du yuan parmi les devises admises pour les réserves obligatoires des banques angolaises pourrait favoriser des règlements pétroliers, des prêts, des émissions obligataires ou des projets d’infrastructures directement libellés en monnaie chinoise.
Le yuan devrait toutefois, dans un avenir proche, compléter le dollar et l’euro plutôt que les remplacer.
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