FRANCE
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Burkini à Grenoble: la laïcité, éternel paravent de la haine anti-musulmans
Le tribunal administratif de Grenoble a tranché ce 25 juin: le règlement autorisant le burkini dans les piscines municipales est annulé. Dans les faits, c'est un nouvel épisode d'une bataille qui, depuis 2019, qui ne dit pas son nom.
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Des femmes dans une piscine municipale en Autriche

Jeudi 25 juin, le tribunal administratif de Grenoble a rendu un jugement hautement symbolique : l'article 10 du règlement intérieur des piscines municipales, adopté en mai 2022 sous la mandature d'Éric Piolle, est annulé. Ce texte, qui ne mentionnait jamais le mot "burkini", autorisait de fait les tenues de bain amples et couvrantes, à condition qu'elles ne descendent pas plus bas que la mi-cuisse. Une formulation technique destinée à habiller juridiquement une revendication bien identifiée.

Les juges ne s'y sont pas trompés : la modification du règlement n'avait, selon eux, d'autre objet que d'autoriser les costumes de bain communément appelés burkinis et répondait à une demande de nature religieuse plutôt qu'à un souci d'intérêt général.

L'histoire, elle, ne commence pas en 2022. Elle démarre en mai 2019, lorsque des militantes de l'Alliance citoyenne plongent en burkini dans le bassin de la piscine des Dauphins, sous les caméras convoquées pour l'occasion. Trois ans de contentieux plus tard, la mairie écologiste cède et modifie son règlement. Un référé est déposé par l'opposition. Le Conseil d'État confirme la suspension du texte voté par la municipalité.

La Ville de Grenoble a donc rédigé une nouvelle version du règlement en juillet 2022 et le dossier semblait clos. Il ne l'était pas. Car le tribunal, saisi sur le fond, vient de requalifier juridiquement ce que tout le monde savait déjà sur le plan politique.

Une neutralité à géométrie variable

Reste une question que la décision de Grenoble ne résout pas: celle du fondement même de l'interdiction. Au micro de TRT Français, le politologue Olivier Le Cour Grandmaison, spécialiste de l'islamophobie, estime que l'argument juridique tient mal la route. "La loi de 1905 garantit la liberté d'expression des opinions religieuses ; or les usagères d'une piscine municipale, rappelle-t-il, n'agissent ni comme fonctionnaires ni comme agents d'un service public. Elles ne sont donc pas soumises à l'obligation de neutralité que l'on invoque pourtant systématiquement contre elles." Une confusion, note-t-il, qui n'est pas neutre elle-même.

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Quant aux motifs sanitaires avancés par certaines municipalités, le chercheur y voit un paravent commode. Il souligne surtout l'hétérogénéité criante des règlements de piscines d'une ville à l'autre: "Ce qui est toléré à Grenoble ne l'est pas ailleurs, ce qui interroge la cohérence même de l'argument d'hygiène publique."

Une incohérence que la rapporteure publique elle-même avait relevée lors de l'audience du 10 juin, s'étonnant qu'un burkini soit jugé problématique lorsqu'un simple short de bain, tout aussi ample, reste toléré.

La droite savoure, la mairie relativise

Sans surprise, la décision a immédiatement été récupérée. Laurent Wauquiez, ancien président Les Républicains de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui avait supprimé dès 2022 toutes les subventions régionales à la Ville de Grenoble, a salué sur les réseaux sociaux une "nouvelle victoire", assurant ne pas regretter d'avoir maintenu la pression financière sur la municipalité écologiste.

Dans l'opposition municipale, le groupe Réconcilier Grenoble, porté par les élus à l'origine du recours dès 2022, parle lui aussi de désaveu judiciaire et somme la nouvelle maire, Laurence Ruffin, d'appliquer "sans détournement" la décision de justice.

Face à ces réactions triomphantes, la mairie de Grenoble tente de désamorcer l'onde de choc. Selon elle, le jugement porte sur une version du règlement déjà remplacée en 2022 et n'a donc pas d'incidence sur les règles appliquées aujourd'hui.

Une ligne de défense fragilisée par ses propres déclarations : la Ville avait pourtant confirmé en janvier dernier, dans la presse locale, que les maillots couvrants restaient bel et bien tolérés dans ses bassins, sans que cela ne pose de problème.

Du côté de l'Alliance citoyenne, qui porte ce combat depuis 2019, l'argument reste le même depuis le début : celui du libre choix vestimentaire des femmes majeures, dans un espace qui n'a pas à leur imposer une neutralité qu'on ne demande à aucun autre usager.

D'autres voix, plus anciennes sur ce dossier, sont également montées au créneau. Le militant laïque Naëm Bestandji avait anticipé la décision en la relativisant d'avance: pour lui, ce jugement "ne constitue qu'un obstacle temporaire" pour ce qu'il appelle l'islamisme, qui trouverait toujours d'autres relais municipaux pour s'imposer.

Une lecture qui, en creux, transforme chaque femme souhaitant se baigner couverte en indice d'un projet politique global, glissement rhétorique typique de ce dossier, où l'on passe sans transition d'un vêtement à une idéologie supposée. À l'inverse, l'opposition de droite grenobloise se contente d'un langage plus feutré, évoquant une politique qui chercherait, selon elle, à assigner les Grenoblois à leur seule appartenance communautaire.

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Un totem, à quelques mois de l'élection présidentielle

Ce qui frappe, dans ce énième round judiciaire, c'est la disproportion entre l'enjeu réel — quelques centimètres carrés de tissu dans un bassin municipal — et l'énergie politique déployée depuis sept ans pour l'éradiquer. Aucune autre pratique vestimentaire minoritaire ne mobilise autant de tribunaux, de suppressions de subventions et de communiqués triomphants.

La Suisse offre un cas d'école de ce basculement politique : après avoir autorisé le burkini dans ses piscines municipales dès 2023 au nom de l'inclusivité, la Ville de Genève a vu sa décision annulée en mars 2026 par le Grand Conseil cantonal, qui a légiféré sans jamais nommer le vêtement, se contentant d'imposer des maillots "laissant les bras nus", une formulation suffisante pour l'exclure de fait.

Le burkini n'est donc plus un maillot de bain: c'est devenu un totem sur lequel une partie de la classe politique construit une posture de fermeté, quitte à instrumentaliser le principe de laïcité, pensé à l'origine pour protéger les citoyens de l'emprise de l'État religieux, et non l'inverse.

Cette vendetta s'inscrit dans la litanie d'interdictions vestimentaires ciblant les musulmans, entamée en 2004 avec la loi sur les signes religieux à l'école.

Ressorti à chaque cycle électoral, de 2019 aux dernières municipales de mars 2026, le sujet du burkini permet à certains élus de droite et d'extrême droite d'occuper le terrain identitaire à peu de frais, tandis que d'autres, à gauche, peinent à assumer un soutien clair de peur d'être accusés de communautarisme.

Résultat : un débat qui se rejoue inlassablement sans jamais s'apaiser, et des femmes musulmanes qui restent, sept ans après la première plongée protestataire à la piscine des Dauphins, l'objet d'une politique dont elles ne sont jamais le sujet.

SOURCE:TRT Français