L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé mercredi que l'épidémie d'Ebola en Afrique centrale avait enregistré des avancées considérables et que la riposte commençait à porter ses fruits. Mais "nous sommes encore en retard", a déclaré le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, devant la presse à Genève. Les autorités dénombrent aujourd’hui 343 cas avérés et 146 décès.
"Seuls 45 % environ des contacts ont fait l'objet d'un suivi, et pour maîtriser l'épidémie, nous devons porter ce chiffre à plus de 90 %", a cependant averti le directeur général de l’OMS.
Présente dans la province d’Ituri, l’ONG Oxfam est au cœur de la réponse à l’épidémie puisque les premiers cas de ce variant d’Ebola ont été répertoriés dans cette région.
Oxfam installe des points de lavage des mains, met en place des infrastructures pour accéder à l'eau potable dans les structures sanitaires et les communautés afin de freiner la propagation du virus. La transmission du virus se fait par le toucher, les mains ou le contact avec les fluides corporels d'une personne malade.
Oxfam travaille également à informer la population. Des équipes sont déployées sur le terrain pour échanger avec les familles et les malades, identifier les peurs et diffuser des informations fiables sur les gestes barrières.
Médecins sans frontière est également active sur le terrain et a déjà amené 68 tonnes de médicaments et de fournitures diverses dont des masques et des combinaisons. Elle a également augmenté le nombre de personnel sur le terrain.
Ebola, une maladie qui fait peur
Ewald Stals représentant de Médecins sans Frontières en République du Congo pose un bilan ambivalent, la prise en charge s’est améliorée mais l’épidémie se propage. “L'épidémie est en train de grandir et c'est notre gros plus gros souci maintenant,” explique-t-il à TRT Français. Les tests se sont multipliés, et avec la multiplication des tests, le nombre de cas détectés augmente.
“Elle se propage dans tout le territoire de l’Ituri mais aussi dans le Nord Kivu. Presque chaque jour, il y a de nouveaux cas confirmés. Il y a quelques jours, c’était à Komanda (Ituri), qui est un point important car c’est là où les deux routes principales se croisent. Aujourd'hui, il y a des cas confirmés à Mambasa qui est sur cette route, mais un peu plus à l'ouest. C'est une région avec beaucoup de commerce, beaucoup de mouvements à cause du conflit, avec aussi des centres urbains, cela complique la réponse à l’épidémie.“
Drissa Fadiga, conseiller sûreté et sécurité à Bunia, en RDC, pour l’ONG Oxfam, admet auprès de TRT Français que l’information sur la maladie a toujours du mal à passer. “Il reste difficile d’atteindre les personnes potentiellement contaminées. Elles ne croient pas assez à la réalité de cette maladie. Elles pensent que c'est une histoire mystique. Dans certaines zones, aucun changement n'est observé dans le comportement des populations parce qu'elles pensent toujours que c'est une manipulation des ONG, des humanitaires en complicité avec l'État pour obtenir des financements.”
Si certaines églises d’Ituri ont commencé à appliquer des mesures de prévention, comme la prise de température à l’entrée de la messe ou encore la désinfection des mains, c’est loin d’être une pratique généralisée. Les ONG travaillent aussi avec les maires et les personnalités religieuses pour relayer les consignes et gestes barrière.
Pour Drissa Fadiga, la réouverture de l’aéroport de Bunia le 1er juin est capital. Elle va considérablement améliorer la réponse des ONG, qui vont pouvoir acheminer des moyens supplémentaires. Jusqu’ici, elles étaient limitées par les restrictions de circulation imposées par l’État congolais.
“La prise en charge est très difficile parce qu’actuellement l'État est limité. C'est ce qui fait d'ailleurs qu'il y a certains patients suspects, placés sous surveillance, qui s'échappent des centres de traitement.”
Le Dr Tedros, de l’OMS, a d’ailleurs appelé les pays imposant des "restrictions de voyage générales" en raison de l'épidémie à y renoncer, avertissant qu'elles gênaient les efforts visant à contenir le virus mortel. Il a ajouté que l'OMS "recommande un dépistage à la sortie dans les aéroports, ports et postes frontaliers pour prévenir l'exportation de cas et de contacts".
Une décentralisation des laboratoires pour mieux dépister
En RDC, 344 cas sont confirmés, dont 60 décès en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, selon l’OMS. Les cas suspects ont été ramenés à 116, contre plus de 1 000 la semaine dernière, mais ces régions restent au centre de l’épidémie.
À Bunia, capitale de l'Ituri, trois centres de traitement d'une capacité totale de 80 lits sont aujourd’hui opérationnels. Des unités de traitement ont également été mises en place à Mongbwalu, cité minière d’où est partie l’épidémie après un enterrement, ainsi qu’à Rwampara, Beni, Goma et Bukavu. Enfin, des capacités de laboratoire et de diagnostic sont actuellement développées dans les zones prioritaires par l’OMS.
"Je pense qu'avec la décentralisation, ils pourront effectuer 1 000 tests par jour grâce aux cinq laboratoires qui seront mis en place d'ici le début de la semaine prochaine", a affirmé Abdi Rahman Mahamud, directeur du programme d'alerte et de réponse d'urgence de l'OMS.
Reste un ultime obstacle, la méfiance de la population. Ebola fait toujours peur et peut signifier une mise au ban de la communauté. La stigmatisation des malades est un obstacle dans la lutte contre cette maladie. Drissa Fadiga témoigne de cette difficulté rencontrée dans la province. “Quand il y a un cas d’Ebola, vous êtes automatiquement stigmatisé et peut-être même isolé. Les personnes considérées comme cas suspects ou malades d'Ebola refusent parfois même d'aller dans les centres hospitaliers pour se faire dépister ou soigner. Il y a vraiment une problématique liée à cela. Les gens restent à la maison pour éviter d’être stigmatisés.”
Ewald Stals, représentant de MSF pour la RDC résume la problématique ainsi: “les centres Ebola sont mal vus, “si tu rentres là dedans, tu ne sors pas vivant.” L’Organisation mondiale de la santé a mis l'accent sur les cinq premiers survivants, parce que ça donne un signe positif justement.”
Le message qu’il faut faire passer est: “Si tu rentres dans un centre de santé, tu auras plus de chance de survivre que si tu restes dehors. Et ça, c'est jusqu'à maintenant difficile parce qu'il y a beaucoup plus de morts qui sortent des centres que des survivants malheureusement, “admet-t-il.
Les besoins de l'OMS pour les trois premiers mois de la riposte sont estimés à 115 millions de dollars, un plan financé à ce jour à seulement 35 %.
















