Le maire de Béziers s’en défend, mais il a bien transformé son procès en tribune politique. Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur et président des Républicains, est venu le soutenir. Le président des maires de France, candidat à l'élection présidentielle, David Lisnard, est lui aussi allé à la barre pour rappeler la tâche complexe des maires et trancher: "Évidemment. Si j'étais face à ce cas de figure, je pourrai refuser ce mariage".
Robert Ménard avait même cité comme témoins Gérald Darmanin, actuel ministre de la Justice, ainsi que le chef de l'État, Emmanuel Macron, mais ceux-ci ont décliné l'invitation.
En 2023, le maire de Béziers refuse de célébrer l'union entre Eva et Mustapha, en actionnant notamment l'alarme incendie de l’Hôtel de Ville. Il revient sur la décision du procureur de la République qui rappelle l’élu de Béziers à son obligation d’officier d’état civil.
À l’extérieur du tribunal, le collectif de soutien à Ève et Mustapha a accueilli le maire avec des "Ménard délinquant". L'audience a commencé dans une salle bondée et elle a été interrompue plusieurs fois par des cris à l’extérieur ou par les réactions du public.
“Invraisemblable” de marier un homme sous OQTF
Soutenu par des maires en écharpes et par quelques barons politiques de la droite, à la barre, Robert Ménard ne change pas de ligne. Quand le président du tribunal rappelle le droit à la liberté de mariage, le maire de Béziers, lui, répond qu'il est "invraisemblable" de demander à un maire de marier une personne en situation irrégulière.
"Je savais les risques que je prenais. Je me retrouve juste écartelé entre deux obligations. Ce n'est pas mon affaire si ce couple s'aime ou pas."
Poursuivi pour refus d’exécuter sa mission d’officier d’état civil, le maire de Béziers risque jusqu’à cinq ans de prison, une amende de 75 000 euros ainsi qu’une peine d’inéligibilité.
Puis se dessine une posture politique, même si Robert Ménard se retranche derrière la vox populi. "Non je ne pense pas que ce soit normal qu'une personne étant en situation irrégulière et faisant l'objet d'un obligation de quitter le territoire puisse se marier, comme ce que pensent 73 % des Français", explique-t-il.
Le maire de Béziers a aussi joué la carte de l’élu laissé seul face à une décision difficile. Il insiste sur le fait qu’il n’a pas obtenu de réponses des services de la préfecture. Il oublie comment il a interpellé les médias avant même de prévenir le couple que l’union ne serait pas célébrée. Il semble ne plus se souvenir de ses déclarations au sujet d’un possible mariage blanc.
Une proposition de loi en préparation
Et puis finalement, il admet que selon lui la loi doit être changée. Un des avocats des parties civiles lui demande "s'il y avait une condition légale qui ne lui permettait pas de célébrer ce mariage ?". Le maire de Béziers n'hésite pas, il faut changer la loi. "C'est une question de bon sens car de temps en temps la loi va à l'encontre du bon sens. On ne marie pas quelqu'un qui ne devrait pas être là."
Stéphane Demilly, sénateur, est aussi venu soutenir Robert Ménard. Sa proposition de loi en cours de rédaction et elle permettrait à un maire de refuser un mariage quand une personne n'a pas de titre de séjour. L'évolution de la loi française est nécessaire selon lui car le modèle actuel est "obsolète".
Le sénateur Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur, est également venu soutenir le maire du sud-est. Sans surprise, il met l’OQTF au-dessus de la liberté de mariage. "La liberté de mariage, n'est pas une liberté absolue. En célébrant le mariage, le maire aurait engendré des difficultés à appliquer l'OQTF."
On se rappelle l’obsession de l’ancien ministre pour les renvois des personnes sans papier.
Le couple, qui vit séparé depuis trois ans, s’est marié le 14 juillet dernier en Algérie. Mustapha a été placé en rétention administrative, puis expulsé vers l'Algérie dans la nuit du 19 au 20 juillet 2023.




















