Il aura fallu près d’une semaine et presque autant de jours de garde à vue pour que le suspect, arrêté peu après l’attaque, avoue avoir agi par racisme. Le patron du Parquet national antiterroriste (PNAT) a donné une conférence de presse ce matin et a insisté devant les journalistes sur la "très grande préparation" de l’attaque.
Le 21 octobre, à bord de sa voiture, il avait abattu un Français de 26 ans originaire de la République démocratique du Congo, Pengo Bossio Wangi, et blessé sept autres personnes, dont plusieurs d’origine africaine ou maghrébine, à Trappes et à La Verrière, deux communes situées au sud-ouest de Paris. Trois personnes étaient toujours hospitalisées jeudi, dont une dont le pronostic vital était toujours engagé.
Le PNAT a requis le placement en détention provisoire du suspect, qui a été présenté à un juge ce jeudi. Inconnu des services de renseignement, Kévin T. a admis avoir "spécifiquement ciblé des personnes (...) de type musulman ou africain ou nord-africain" et choisi "spécifiquement Trappes", à ses yeux un "repaire d’islamistes", a exposé M. Christen.
Il a "contesté en revanche toute intention terroriste, considérant son action comme légitime". L’homme a également réfuté "avoir voulu tuer des enfants", disant avoir "pu se méprendre en raison de leur taille". Il a toutefois déclaré "n’éprouver aucun regret", a souligné le patron du PNAT.
La perquisition à son domicile à Plaisir, en région parisienne, où des pièges avaient été installés, a permis la "découverte d’armes ou d’éléments d’armes, soit notamment un chargeur, deux poings américains, une baïonnette en acier et un silencieux", a détaillé le procureur.
Des autocollants faits maison
À son domicile, la police a retrouvé une sorte de compilation du parfait militant d’extrême droite, comprenant notamment un exemplaire de "Mein Kampf" d’Adolf Hitler (le livre programmatique du nazisme), ainsi que différents autocollants aux slogans nationalistes ou en soutien aux forces de l’ordre.
Kévin T. a expliqué avoir "lui-même dessiné ces autocollants", puis avoir "commandé leur fabrication via Amazon il y a plus d’un an". L’auteur de cette attaque préparait son action depuis longtemps. Il a acheté un pistolet-mitrailleur Sten, un brassard de police et une paire de menottes. Il a ensuite remboursé ses dettes familiales et supprimé tous ses comptes sur les réseaux sociaux le 21 octobre. Il a également revendu son ordinateur portable et dissimulé son téléphone mobile. Ces deux supports seront analysés.
Un hommage national aux victimes de Trappes
Selon une source proche du dossier, cet ouvrier de l’automobile s’était radicalisé à l’extrême droite au cours des dix dernières années, "en mettant tout sur le dos des Arabes et des Noirs".
Les analyses ont révélé "la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang" au moment de l’attaque, ainsi que de molécules "cohérentes avec la prise des médicaments antipsychotiques et antidépresseurs", d’après le PNAT. Mais le patron du PNAT souligne que l’homme n’est pas schizophrène, contrairement à ce qu’il avait affirmé au début de sa garde à vue.
L’attentat a créé une onde de choc en France et enflammé le débat politique.
Plusieurs rassemblements ont eu lieu, notamment en région parisienne, en soutien aux victimes et pour "dénoncer la banalisation de la haine raciste".
"Que justice soit faite", a imploré mercredi soir la mère de Ramatou, l’enfant de 11 ans grièvement blessée, lors d’un rassemblement, selon une vidéo du média en ligne Brut.
Un "hommage national", présidé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, sera rendu prochainement.
Interrogé mercredi sur la chaîne YouTube HugoDécrypte, le chef de l’État, Emmanuel Macron, a estimé qu’il y avait "des mouvements politiques qui ont laissé s’installer cela (un climat parfois raciste) à l’extrême droite", citant le Rassemblement national (RN) et "ceux qui leur sont proches".
Le RN a répondu jeudi, par la voix de son député Jean-Philippe Tanguy, que c’était le président, "très problématique", qui avait laissé prospérer "des idéologies haineuses".






















