L’idée de conférer au Canada ce statut inédit a été avancée à la mi-septembre par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mais a provoqué des remous parmi les Vingt-Sept, aucun traité de l’UE ne le définissant juridiquement.
À la demande notamment de l’Allemagne, ce concept devrait être remplacé dans la déclaration finale du sommet de deux jours par celui d’"association toujours plus étroite du Canada à l’UE, en deçà d’une adhésion", ont indiqué des diplomates à Bruxelles mercredi.
"Notre ambition est de construire le partenariat le plus étroit que nous ayons jamais établi avec un pays non européen. Taillé sur mesure pour le Canada", a-t-elle ajouté.
Une formule alambiquée qui masque presque le caractère exceptionnel des partenariats qui sont en train de se nouer entre le géant canadien et la zone économique européenne, forte de 452 millions d’habitants.
Ce sommet doit permettre au Canada et à l’UE d’étendre leur coopération, déjà étroite, à d’autres domaines comme les minerais stratégiques, le commerce numérique, la recherche ou la mobilité des jeunes.
Ce rapprochement répond à un changement drastique des équilibres commerciaux depuis l’arrivée au pouvoir de l’administration Trump, qui, avec sa guerre tarifaire tous azimuts, a rebattu les cartes des échanges mondiaux. La domination économique de la Chine, qui concurrence les productions canadiennes comme européennes, est aussi l’une des raisons de ce rapprochement transatlantique.
"Le monde est devenu plus dangereux et plus polarisé. Face à cette réalité, le Canada et l’Union européenne mettent en commun leurs forces (...) pour bâtir une nouvelle alliance ambitieuse", a déclaré Mark Carney dans un communiqué récent.
"Une alliance suffisamment solide pour que personne ne puisse nous dicter nos choix", a-t-il ajouté, dans une référence implicite notamment aux États-Unis de Donald Trump, qui a qualifié ce rapprochement de "ridicule" et est allé jusqu’à menacer l’UE de rompre les échanges commerciaux.
Un mariage gagnant-gagnant
Si les aventures commerciales sont plus solides à deux, l’Union européenne ne fait pas les yeux doux au Canada par peur de se retrouver seule.
Tout d’abord, Ottawa est déjà un partenaire de l’Union européenne.
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche début 2025 a déjà entraîné un rapprochement entre Bruxelles et Ottawa, illustré par la participation des Canadiens à un programme européen d’aide à l’industrie de défense.
Les deux partenaires sont par ailleurs liés depuis dix ans par un accord de libre-échange, le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement), qui supprime les droits de douane sur 98 % des produits échangés. Très critiqué notamment par les éleveurs français, il n’a toutefois pas encore été ratifié par neuf pays de l’UE sur 27, dont la France.

Ensuite, le panier de la fiancée canadienne comprend des minerais stratégiques, dont le sous-sol canadien regorge et dont l’industrie européenne, dépendante de la Chine, a un besoin vital. Le sommet pourrait déboucher sur un accord permettant à la Banque européenne d’investissement (BEI) de financer des projets canadiens d’exploitation.
Le Canada est également un producteur de gaz naturel. L’Union européenne essaie de stopper ses achats de gaz russe. L’Allemagne a ainsi signé un accord en mai dernier avec le Canada pour l’achat de gaz naturel liquéfié. Berlin s’est engagée à acheter jusqu’à un million de tonnes de GNL par an au Canada.
Émancipation des Canadiens vis-à-vis de Washington
Un accord sur le commerce numérique, permettant des transactions en ligne plus rapides et moins coûteuses, devrait aussi être dévoilé vendredi.
Ce sommet est pour le Canada un moyen de desserrer l’étau américain.
Le conflit commercial avec Washington s’est envenimé cet été et l’UE, dont les relations sont également houleuses avec Donald Trump, est prête à développer ce nouveau partenariat.
Mais, pour l’instant, les exportations du Canada vers l’UE représentaient en juillet plus de 5 % du total des exportations canadiennes, contre près de 70 % pour celles à destination des États-Unis.
Le Canada pourrait aussi négocier son adhésion au programme européen Galileo, un système de navigation par satellites qui offre une alternative au système américain GPS, et à Erasmus, dispositif européen de mobilité des jeunes qui permet notamment à des étudiants de passer un semestre à l’étranger.
Moins politique, mais tout aussi symbolique, le Canada a été invité à rejoindre le concours Eurovision de la chanson et cherche actuellement l’artiste qui le représentera.


















