FRANCE
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Présidentielle en France: et si Glucksmann, le candidat de gauche n’était pas de gauche?
Le week-end dernier, Raphaël Glucksmann a remporté la primaire de la gauche sociale-démocrate avec plus de 66 % des voix. Il est le candidat du PS-Place Publique pour la prochaine élection présidentielle française, en 2027, mais est-il de gauche?
Présidentielle en France: et si Glucksmann, le candidat de gauche n’était pas de gauche?
Raphaël Glucksmann, lors de l'annonce de sa victoire à la primaire dimanche 11 octobre

Le candidat du PS-Place Publique est supposé être capable de faire barrage au turbulent Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, parti de gauche très impliqué dans les banlieues. Et si Raphaël Glucksmann n’était pas le bon candidat pour cela?

S’il était plus dangereux pour Gabriel Attal, député de Renaissance, ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron et candidat à la présidentielle pour le camp macroniste?

Le soir de sa victoire à la primaire, Raphaël Glucksmann a tendu la main aux Écologistes et invité François Hollande et Bernard Cazeneuve, tous deux socialistes, à participer au "combat commun". Une déclaration de circonstance limitée à une certaine gauche, puisque le candidat a toujours refusé l’idée d’un large rassemblement des gauches incluant, par exemple, La France insoumise.

Mais le candidat Glucksmann ne fait pas l’unanimité au Parti socialiste. Ségolène Royal, qui n’a recueilli que 7,62 % des suffrages lors de la primaire, avait déjà prévenu ce lundi sur X: "S’il y a l’union à gauche, j’y aiderai comme promis. Si ça dérive vers le macronisme, ce sera sans moi".

Si la cheffe des Écologistes, Marine Tondelier, s’est contentée de regretter que le rassemblement des gauches passe à la trappe avec ce choix de candidat, le très médiatique maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a choisi l’ironie.

"Félicitations à Raphaël Glucksmann, vainqueur de la primaire de la gauche caviar. Merci pour la clarification. Un nouveau Macron est possible!", a-t-il écrit.

Raphaël Glucksmann serait-il un nouveau Macron? Il a toujours placé son combat politique au centre, défendant une gauche modérée, mais il n’a jamais été élu sous l’étiquette Renaissance. Pourquoi ces soupçons persistants de flirt possible avec la macronie? Ils découlent d’une interview accordée à BFMTV en septembre 2025. Raphaël Glucksmann s’était alors dit prêt à travailler avec les macronistes et Les Républicains (LR). Il justifiait cette position par l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale, estimant nécessaire de nouer des relations à l’image des coalitions d’autres pays européens.

Un crime de lèse-majesté pour les gauches du Nouveau Front populaire, qui ne lui pardonnent pas cette analyse. Le soupçon se renforce en octobre 2026, lors d’une interview accordée au journal Le Parisien, lorsque l’ancien Premier ministre Gabriel Attal lui tend la main. Il a appelé à un rassemblement allant de la "gauche sociale-démocrate à la droite républicaine" afin de former une grande coalition. Un discours classique des macronistes qui, depuis 2017, ont joué sur le "ni de gauche ni de droite", mais ont mis en place une politique de droite, s’aliénant ainsi les sociaux-démocrates.

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Cette fois, Place Publique a refusé tout net. Le candidat ne pouvait accepter une telle offre alors que le premier tour de la primaire approchait, prévu les 9 et 10 octobre.

Une étiquette de futur Macron

Il n’empêche que les mois passent et que cette étiquette de grand bourgeois à la sensibilité de gauche vague lui colle à la peau.

L’homme est issu, c’est vrai, d’un milieu privilégié: son père est le philosophe et essayiste André Glucksmann. Raphaël Glucksmann a évolué dans un entourage très à droite.

Sa carrière de journaliste n’a pas marqué les esprits. Il ne met lui-même en avant que la réalisation de deux documentaires pour justifier sa maîtrise des affaires internationales.

Simon Rötig, blogueur et observateur politique auvergnat actif sur le Club de Mediapart, n’hésite pas à titrer sur son blog que l’homme n’est pas de gauche. Il rappelle que celui-ci n’a pas apporté son soutien "aux étudiant·es de l’IEP de Paris révolté·es par les bombardements massifs opérés depuis sept mois par le gouvernement d’extrême droite israélien", et qu’il ne mentionne Gaza qu’une fois dans son discours du 25 avril 2024, contre neuf mentions de l’Ukraine. Ce discours faisait partie de sa campagne électorale pour les élections européennes.

Dans la même logique, lors des récents débats de la primaire socialiste, il a refusé de prononcer le mot "génocide" au sujet de Gaza.

Député européen depuis 2019, il défend une ligne écologiste et très pro-européenne. Il rêve d’une Europe plus fédérale, plus active en matière de défense et plus offensive face à la Russie. Les journalistes qui suivent les affaires européennes le qualifiaient de néoconservateur.

Tout cela ne dessine pas le portrait d’un homme politique en phase avec les thèmes susceptibles d’intéresser les classes populaires. Mais ce n’est pas non plus rédhibitoire, puisque la campagne électorale ne fait que commencer.

Il y a aussi des indices qui ne trompent pas

Son équipe de campagne pour la présidentielle comprend en partie des personnes qui ont mené le jeune Emmanuel Macron à la victoire en 2017. Plusieurs figures clés et stratèges issus de la macronie y sont présents, malgré sa promesse d’être le candidat de la "rupture avec le macronisme". On y trouve Marguerite Cazeneuve, ancienne cheville ouvrière de l’appareil de campagne d’Emmanuel Macron. Aurélien Rousseau, ancien ministre de la Santé sous Emmanuel Macron et ancien directeur de cabinet de la Première ministre Élisabeth Borne, s’est également engagé auprès de Glucksmann et a occupé la fonction de directeur de campagne pour l’élection présidentielle. Il a annoncé qu’il quitterait ses fonctions en juin 2026 pour des raisons de santé.

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On peut encore citer Sacha Houlié, député et figure historique de la macronie, cofondateur des Jeunes avec Macron, qui s’est également rallié à l’eurodéputé.

Le candidat rêve apparemment d’un hold-up électoral en mobilisant les classes moyennes de gauche comme de droite, à l’instar d’un certain Emmanuel Macron en 2017. Cette gauche modérée ou centriste se prend à imaginer un coup de poker politique à la Macron. Voilà le programme du candidat Glucksmann.

Un seul mot d’ordre: toucher les modérés

Raphaël Glucksmann explique que cette équipe issue du centre gauche doit lui permettre de toucher l’électorat social-démocrate et modéré. Les classes populaires et les jeunes semblent, là encore, absents de sa stratégie.

Cela est confirmé dans une tribune publiée le 26 mai 2026 dans le journal Le Monde par le politologue français Rémi Lefebvre, professeur à l’Université de Lille. Dans cet article, l’universitaire cite la fuite d’une note interne de l’équipe de campagne du candidat de Place Publique. Celle-ci préconisait de ne pas s’adresser aux 18-25 ans, aux personnes dont les revenus sont inférieurs à 1 500 euros par mois, aux familles monoparentales, aux habitants des banlieues ou aux détenteurs du seul baccalauréat. Les classes populaires sont absentes du programme du candidat de gauche!

C’est aussi Raphaël Glucksmann qui a exigé de faire payer 15 euros aux militants souhaitant voter à la primaire socialiste. Beaucoup d’élus y ont vu une façon d’écarter un électorat "pauvre". Ségolène Royal assure ainsi sur son compte X avoir reçu de nombreux messages de militants qui n’ont pas voté en raison du coût de l’inscription sur les listes.

L’universitaire Rémi Lefebvre critique la stratégie de niche développée par différents partis politiques de gauche qui, selon lui, les éloigne de leur ADN premier. "Le peuple est devenu un problème pour la gauche, si on entend par là les catégories populaires. Elle a vocation à les représenter dès lors que la justice sociale reste sa boussole."

Ce n’est clairement pas la boussole du candidat Glucksmann. Après avoir remporté la primaire, le candidat va devoir trancher entre deux lignes: s’adresser prioritairement aux macronistes déçus ou au cœur de l’électorat de gauche. Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste, l’a déjà accusé de privilégier "l’option centriste".

SOURCE:TRT Français