L'armée israélienne connaît une "dégradation morale" parmi ses soldats, alimentée par un climat de peur permanent, selon un officier de réserve, alors qu'Israël poursuit sa guerre à Gaza.
"Aujourd'hui, tout est permis et nous avons la gâchette trop facile", écrit cet officier, qui a souhaité rester anonyme, dans une lettre publiée par le quotidien israélien Haaretz.
"Je ne veux pas parler des difficultés liées aux périodes répétées de service dans la réserve ni des dommages qu'elles causent au corps et à l'esprit, même si ces sujets mériteraient d'être davantage abordés. Je veux plutôt parler des valeurs, un problème auquel je suis malheureusement confronté en constatant une dégradation morale au sein de l'armée. La morale est l'essence même de notre humanité et de notre lien avec le divin" confie-t-il.
Se présentant comme commandant d'une unité de réserve déployée à Gaza, l'officier estime que l'armée mène "une guerre de tranchées permanente qui ne connaît aucun répit".
"L'objectif de notre mission n'est plus clair, il n'est même plus défini, ce qui nous prive de tout critère permettant de mesurer le succès", explique-t-il.
Selon lui, la mission essentiellement défensive de son unité maintient les soldats dans un état d'alerte et de peur permanents face au risque d'une attaque surprise.
"Cet état d'esprit engendre de nombreux dilemmes moraux", ajoute-t-il.
L'officier affirme que le niveau d'alerte élevé depuis le 7 octobre a conduit les soldats à ouvrir le feu sur des Palestiniens s'approchant de leurs positions.
"Parfois, les tirs sont justifiés, parfois beaucoup moins. Dans tous les cas, ils résultent du sentiment de menace ou d'insécurité ressenti par le soldat en première ligne", écrit-il.
"La chaleur accablante, la fatigue et le sentiment d'inutilité accentuent ces émotions, même lorsqu'elles sont infondées. Il est facile de juger ces soldats depuis un bureau climatisé au quartier général de Tel-Aviv, mais il faut reconnaître que ces sentiments existent" s’indigne l’officier.
Il reconnaît également que le fait de tuer un si grand nombre de personnes non armées pèse lourdement sur les soldats.
"Cela me pèse aussi. Les règles d'engagement sans restriction garantissent qu'aucun habitant de Gaza n'atteindra la clôture frontalière, mais elles ont un coût croissant pour nous, pour nos valeurs et pour notre état psychologique", confie-t-il.
Depuis octobre 2023, l'armée israélienne a tué plus de 73 000 personnes à Gaza et blessé plus de 173 000 autres, selon les autorités sanitaires de l'enclave, dans une guerre qui a laissé le territoire largement dévasté.























