MOYEN-ORIENT
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Sous les raids israéliens, le Liban s’enfonce dans le chaos
L'armée israélienne ne respecte pas le cessez-le-feu négocié par les États-Unis. Le nombre de victimes et de déplacés ne cesse d’augmenter, tandis que la tâche des humanitaires se complexifie au fil des jours. Le Liban s’enfonce dans le chaos.
Sous les raids israéliens, le Liban s’enfonce dans le chaos
L'armée israélienne a bombardé des immeubles d’habitation à Beyrouth. / AA

Trois secouristes sont encore morts hier dans la localité de Majdal Zoun dans le sud du Liban, victimes des raids de l'armée israélienne. Une situation qualifiée de "crime de guerre" par le ministre des Affaires étrangères libanais. Les secouristes participaient à une mission de secours et d'intervention d'urgence auprès des blessés d'une frappe aérienne israélienne visant un bâtiment (...) qui a également causé la mort de résidents civils". L’armée a, elle, fait état de deux soldats blessés.

Ce drame illustre les risques encourus chaque jour par les humanitaires dans l’assistance aux populations civiles.

"Nous travaillons dans des conditions difficiles, dans lesquelles nos vies sont menacées à chaque intervention sur le terrain", s'inquiète Kevin Charbel, directeur au Liban de l’ONG Première urgence interrogé par TRT Français.

Charbel déplore que le droit international humanitaire ne soit pas respecté. "La protection spéciale dont devrait bénéficier le personnel médical et humanitaire ainsi que les infrastructures médicales est remise en question", poursuit-il.

"Au 14 avril, l'OMS recensait 88 décès et 206 blessés parmi le personnel de santé, un bilan qui ne cesse de s'alourdir. Six hôpitaux ont été contraints de fermer leurs portes en raison de dégâts ou d'ordres de déplacement (l'un d'eux a depuis rouvert), tandis que 15 autres ont subi des dégâts partiels", selon un rapport du Forum des ONG humanitaires du Liban.

Par ailleurs, précise la même source, "56 centres de soins de santé primaires (CSSP) ont cessé leurs activités, limitant l'accès aux fournitures et services médicaux essentiels et augmentant le risque de maladies transmissibles".

Les bombardements intensifs de l'armée israélienne ciblent aussi les zones urbaines densément peuplées, aggravant le bilan des victimes civiles. Les ONG humanitaires font état de bombardements d’immeubles résidentiels à Beyrouth entraînant la mort de familles entières en un seul bombardement.

Le nombre total de personnes tuées dans des attaques israéliennes contre le Liban depuis le début du mois de mars s'élève à 2 509, a déclaré dimanche le ministère libanais de la Santé publique. Il a ajouté qu'au moins 7 755 personnes avaient été blessées depuis le 2 mars en dépit d'un cessez-le-feu négocié avec la médiation des États-Unis.

“Rendre le sud du Liban inhospitalier”

"Dans le sud du Liban, des régions entières ont été détruites. Il n’y a plus d’infrastructures de base à même de maintenir la population sur place. J’ai peur que les déplacés le demeurent pour longtemps", s'inquiète Kevin Charbel de Première urgence-Liban.

À l’observation, l'armée israélienne s’emploie à rendre durablement inhospitalier le sud du Liban. Les rares habitants qui y vivent doivent composer avec la "destruction des canalisations d’eau, le ciblage des stations-service, la destruction du réseau électrique et les difficultés de ravitaillement de l’aide humanitaire".

Depuis mars, l’UNICEF et le HCR font état d’au moins un million de personnes déplacées du sud du Liban, de Beyrouth et de la plaine de la Bekaa. "C’est le quart de la population", explique le directeur de Première urgence-Liban.

La situation est d’autant plus complexe que l'armée israélienne, indique Charbel, a instauré dans le sud une espèce de frontière, "une ligne jaune" en deçà de laquelle aucun civil n’est censé traverser. "Cela nous rappelle la logique en cours à Gaza", fait remarquer Kevin Charbel, alors que des informations d’autres ONG font également état de l'utilisation d'armes incendiaires, comme des munitions au phosphore blanc, dans des zones peuplées du sud du Liban.

Malgré cette atmosphère de précarité et d'insécurité dictée par les armes, l’ONG Première urgence souhaite que la raison prévale avec une "cessation immédiate des hostilités", la fin des attaques contre les civils, les infrastructures civiles et le respect du droit international humanitaire".

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SOURCE:TRT FRançais