FRANCE
2 min de lecture
Déception aux Antilles après le non-lieu dans le procès du chlordécone
La cour d'appel de Paris a confirmé lundi le non-lieu dans le scandale sanitaire du chlordécone en France, pesticide utilisé dans les îles des Antilles en dépit des alertes sur sa nocivité, ont annoncé des avocats de parties civiles.
Déception aux Antilles après le non-lieu dans le procès du chlordécone
Le chlordécone a reçu une dérogation plusieurs années de suite pour "sauver" la banane antillaise

La cour d'appel de Paris a suivi les réquisitions du parquet, confirmant ainsi le non-lieu sur le volet pénal de ce dossier.

Les avocats des victimes guadeloupéennes et martiniquaises ne cachent pas leur déception. Me Christophe Lèguevaques a estimé qu'il s'agissait d'un "jour sombre pour la justice".

Cette décision ferme en principe la porte à la réouverture d'une enquête pénale. Trois des avocats de parties civiles ayant fait appel du non-lieu prononcé en 2023 par des juges d'instruction parisiennes ont indiqué, à l'issue de la décision, réfléchir à se pourvoir en cassation. Dans le dossier du chlordécone, les populations de Guadeloupe et de Martinique demandent la reconnaissance pleine de la responsabilité de l'État français dans cette affaire.

En RelationTRT Français - Pollution au chlordécone: une loi établit la responsabilité de la France

Classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène, ce produit a été utilisé aux Antilles dès 1972 et, par dérogation, jusqu'en 1993, alors qu'il a été interdit en métropole dès 1990.

Le chlordécone, répandu dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, est au cœur de ce scandale sanitaire qui a pollué et pollue toujours les Antilles. Depuis deux décennies, la justice française a, à plusieurs reprises, refusé de condamner l'État français, même si en juin, une loi a été votée qui reconnaît “une part de responsabilité de l’État.”

Colère et sentiment d’injustice aux Antilles

Le produit peut rester dans les sols jusqu'à 600 ans. De ce fait, plus de 90 % de la population adulte en Guadeloupe et en Martinique est contaminée, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui a conclu en juillet 2021 à une relation causale probable entre le chlordécone et le risque de cancer de la prostate.

"L'exposition au chlordécone, perturbateur endocrinien, comporte des risques pour la grossesse et le neurodéveloppement de l'enfant", indique également le site de l'Assurance maladie.

Les "peuples de Guadeloupe et de Martinique ont été empoisonnés entre les années 1970 et 1990, et pour encore cinq siècles, par les gouvernements successifs français et leurs complices békés (blancs créoles descendants de colons propriétaires d'esclaves, NDLR)", avait dénoncé avant la décision de lundi Me Georges-Emmanuel Germany, avocat de parties civiles, interrogé par l'AFP.

"Justice ! Réparation !", avaient scandé samedi, place de la Bastille à Paris, la centaine de manifestants rassemblés notamment à l'appel du collectif Diasporas solidaires avec les victimes de l'empoisonnement colonial (Dsavec).

SOURCE:TRT français et agences