Le texte était porté par le député de Guadeloupe, Élie Califer (apparenté Socialistes), et il a fallu deux années de bataille législative pour arriver à un vote unanime de 236 voix sur 236 députés présents.
C’est un pas important dans le combat que mènent les territoires antillais pour faire reconnaître le scandale sanitaire dont ils ont été victimes. Lors des débats, les élus ultramarins voient dans ce texte une étape, mais pas une fin.
Cette affaire empoisonne les relations de Paris avec les Antilles depuis des décennies et a nourri un sentiment de défiance vis-à-vis de Paris. Emmanuel Macron s’était emparé du dossier en 2018 et avait annoncé que l'État devait "prendre sa part de responsabilité" dans la pollution au chlordécone, mais rien n’avait suivi. Ce sont finalement les députés qui ont pris les choses en main.
Le ressentiment est d’autant plus fort que le chlordécone a été utilisé dans les Antilles pour lutter contre le charançon du bananier entre 1973 et 1993 alors même que l'État connaissait sa toxicité.
Le produit était interdit dans de nombreux pays, dont les États-Unis en 1976, et dans la métropole française en 1990. L’Organisation mondiale de la santé avait classé cet insecticide dans la catégorie des produits cancérigènes. Mais le lobby de la banane a réussi à convaincre les gouvernements successifs de maintenir cette substance, au nom de l’intérêt économique.

Et cette primauté de l'économie sur la santé des Antillais, décidée par les gouvernements parisiens, nourrit un fort ressentiment outre-mer.
Des indemnités prévues dans la loi
Le texte adopté par les députés reconnaît “la responsabilité de l’État dans les préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques subis par les territoires de Guadeloupe et de Martinique”.
Mais le texte final accorde une “part de responsabilité de l’État”. Cette nuance introduite par le Sénat a énervé les élus ultramarins.
Jean-Philippe Nilor, député de La France insoumise d’outre-mer, se réjouit pourtant que des indemnisations soient prévues dans la loi. Ces indemnisations concernent les personnes contaminées lors de leurs activités professionnelles, mais aussi en dehors de tout cadre professionnel.
Il conclut son intervention par une mise en garde : “Ce texte n’est que le premier pas de la guérison de la République”, selon lui, “la République a failli au peuple de Martinique et de Guadeloupe.”
Car aujourd’hui, la population antillaise paie toujours le prix de ces choix politiques.
La quasi-totalité de la population de Guadeloupe et de Martinique est contaminée par cet insecticide. Selon une étude de Santé publique France de 2013-2014, ce perturbateur endocrinien est présent dans le sang de 90 % de la population antillaise.
L’État a lancé plusieurs plans Chlordécone qui ont consisté en des campagnes de dépistage pour traiter les effets de cette pollution persistante dans la population et en une évaluation des terres et des eaux contaminées.

Des Antillais pour la plupart contaminés au chlordécone
Cette molécule a une particularité : elle ne se dégrade pas. Elle persiste encore aujourd'hui dans les eaux et les sols antillais.
On la retrouve dans les poissons, les légumes et l’eau du robinet.
“C'est une pollution continue et transgénérationnelle”, rappelle Élie Califer, rapporteur de la loi et membre de la commission des affaires sociales.
"Aucune technique ne permet de dépolluer les sols de Martinique et de Guadeloupe", regrette le député. "La seule solution pour réduire l’exposition de la population est de ne plus cultiver les sols pollués, de ne plus pêcher dans les eaux contaminées et de ne plus vendre les produits végétaux ou animaux qui dépassent un certain seuil de résidus de chlordécone", a-t-il expliqué à la chaîne LCP.
Cet insecticide se transmet également de génération en génération et, comme le chlordécone est un perturbateur endocrinien, les Antilles françaises détiennent le record mondial du taux de cancer de la prostate.





















