Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a remis au goût du jour la question de la souveraineté des pays africains à l'heure du “Make America great again” de Donald Trump. Il a mis en garde les pays africains contre les velléités de recolonisation des puissances extérieures. Il s'exprimait, jeudi, lors d’une conférence sur la souveraineté africaine au Musée des civilisations noires à Dakar.
“Qu’est-ce qui empêcherait demain une puissance de se dire: je reviens recoloniser l’Afrique ou le Sénégal parce que j’ai besoin de leurs ressources naturelles. (...) Les Africains doivent prendre conscience de la situation”, a-t-il souligné.
Le Premier ministre sénégalais a insisté sur le retour et la prédominance du rapport de force sur le droit international censé protéger les pays africains. Les Africains “perdent beaucoup de temps”, a regretté Sonko qui a invité à “prendre conscience” de ce danger.
À y regarder de plus près, la souveraineté de deux États apparaît déjà fragilisée par les velléités hégémoniques évoquées par le Premier ministre sénégalais, Maurice et la Somalie.
Les Îles Chagos et les ambitions hégémoniques de Trump
Le Royaume-Uni vient de faire un rétropédalage, alors que le projet de restitution de l'archipel des Chagos dans l'océan Indien à l'île Maurice, avait déjà été acté.
Ancienne puissance colonisatrice, le Royaume-Uni a conservé le contrôle de l’archipel des Chagos, lorsque Maurice a obtenu son indépendance en 1968. Après d’intenses négociations, Londres et Maurice avaient trouvé un accord. Le Royaume-Uni doit restituer à l'Ile Maurice l’archipel des Chagos.
Toutefois, stipule l’accord, le Royaume-Uni doit conserver un bail de 99 ans sur l'île principale Diego Garcia. Coût du loyer: 101 millions de livres (120 millions d'euros), soit 3,4 milliards de livres (plus de 4 milliards d'euros) au total. Réagissant à la signature de cet accord britanico-mauricien en mai 2025, Trump l’avait qualifié de "grande stupidité".
Sollicité par l'AFP, un porte-parole de Downing Street a indiqué, samedi, "continuer de penser que cet accord est la meilleure façon de protéger l'avenir à long terme de la base (militaire anglo-américaine de Diego Garcia, ndlr)".
Mais, a-t-il poursuivi, "nous avons toujours dit que nous n'irions de l'avant que s'il bénéficie du soutien des États-Unis". Pour sa part, le ministre mauricien des Affaires étrangères, Dhananjay Ramful, a réagi en promettant de ne ménager "aucun effort" en vue "d’achever le processus de décolonisation dans cette partie de l’océan Indien". Il s'agit "d'une question de justice", a ajouté Dhananjay Ramful.
Les intérêts américains en priorité
Pour les États-Unis, la base de Diego Garcia est d’un intérêt militaire stratégique. Elle permet de surveiller et d'assurer la navigation en Mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz.
Elle a joué un rôle majeur dans les deux guerres menées par les États-Unis en Irak (1990-1991, 2003-2011) et dans les bombardements américains en Afghanistan en 2001. Elle a aussi servi à lancer des attaques de bombardiers B-2 contre les
Houthis du Yémen, alliés de l'Iran contre Israël dans le génocide à Gaza.
Pendant ce temps, la plupart des habitants de Chagos arrachés à leur terres depuis 1968, continuent de vivre dans un grand dénuement à Maurice.
L'unité de la Somalie en danger
Outre la mise entre parenthèses de la souveraineté de Maurice sur les Îles Chagos, il y a aussi le cas du Somaliland.
En décembre 2025, Israël a reconnu la souveraineté de la région somalienne du Somaliland. Ce territoire a proclamé son indépendance de la Somalie en 1991. Il fonctionne depuis comme une région autonome de facto, sans reconnaissance internationale.
Le président somalien, Hassan Sheikh Mohamud, a déclaré que la région séparée du Somaliland a accepté de réinstaller les Palestiniens et d'accueillir une base militaire israélienne. Il ajouté que la région séparée a aussi consenti à rejoindre les accords d’Abraham en échange de sa reconnaissance par Israël, citant des rapports de renseignement.
Sur ce dossier, Donald Trump entretient un flou qui dessert la souveraineté de la Somalie et profite à Israël et même aux États-Unis.
“Tout est à l'étude… Nous allons l'étudier. J'étudie beaucoup de choses et je prends toujours d'excellentes décisions qui s'avèrent justes”, a déclaré Trump au New York Post lors d'un entretien téléphonique.
“Est-ce que quelqu’un sait vraiment ce qu’est le Somaliland ?”, a-t-il demandé.
Concernant la proposition du Somaliland d'accorder aux États-Unis un accès à un port sur le golfe d'Aden, d'une importance stratégique majeure, Trump a répondu avec dédain: “Et alors ?”.
Du reste, d'après les révélations du Monde Afrique, les Emirats arabes unis sont en train de construire dans la ville de Berbera une base militaire pour le compte des Etats-Unis. “Le général Dagvin Anderson, à la tête d’une délégation de l’Africom, le commandement des Etats-Unis pour l’Afrique, était en visite sur le tarmac de Berbera le 1er décembre 2025”, explique le journal. “Les Etats-Unis ne cachent pas leur volonté de trouver une solution de substitution à Djibouti, où la base américaine côtoie d’un peu trop près, au goût de Washington, la première base militaire ouverte par la Chine à l’étranger, en 2017”.
Vague de condamnations internationales
Outre la Somalie et le Conseil de sécurité de l’ONU, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) a réaffirmé la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie, rejetant toute reconnaissance du Somaliland comme État indépendant et condamnant l’ingérence extérieure dans les affaires intérieures du Soudan, actuellement en pleine crise.
Le Conseil a publié une déclaration dans laquelle il "réitère sa ferme condamnation et son rejet de la reconnaissance unilatérale par Israël de la soi-disant République du Somaliland" et exige sa révocation immédiate.
Lire aussi: Des membres du Conseil de sécurité de l’ONU condamnent la reconnaissance du Somaliland par Israël





