Les avocats de l’ancien président français ont martelé après l’énoncé des réquisitions que leur client était innocent. Les procureurs, eux, n’ont manifestement pas trouvé de circonstances atténuantes à l’ex-chef de l’État.
Au terme de trois jours d'un réquisitoire féroce, le parquet a, comme en première instance, réclamé à l'encontre de l'ex-chef de l'État (2007-2012) une peine de sept années de prison, soit deux de plus que celle qui avait été prononcée en première instance en septembre.
Le présentant comme "le principal, l'unique bénéficiaire", "l'instigateur" de l'association de malfaiteurs "pour lui permettre d'être élu" à l'Élysée, l'avocat général Rodolphe Juy-Birmann n'a pas requis de mandat de dépôt ou d'exécution provisoire.
Comme au premier procès, l'accusation a demandé aux juges de déclarer Nicolas Sarkozy coupable de l'ensemble des faits pour lesquels il est poursuivi, y compris la corruption et le financement illégal de sa campagne de 2007, des infractions dont il avait été relaxé en première instance.
L'ancien champion de la droite française, âgé de 71 ans et qui dément toute malversation, avait ainsi été condamné à cinq ans de prison uniquement pour "association de malfaiteurs", le tribunal estimant qu'il avait laissé ses plus proches collaborateurs démarcher le régime libyen en vue de se procurer des fonds pour sa campagne.
Le mauvais coup de la lettre de Guéant
Mais pour les procureurs, Nicolas Sarkozy - qui était alors ministre de l'Intérieur - a conclu un "accord" avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi afin de percevoir des financements occultes du régime libyen en échange de la promesse d'examiner la situation judiciaire de son proche impliqué dans l’explosion du DC-10 d’UTA.
Le beau-frère de Mouammar Kadhafi avait été, six ans auparavant, condamné en son absence à la perpétuité par la justice française pour avoir commandité l'attentat qui a fait 170 morts en 1989, dont 54 Français.
Ce scénario s'articule autour de deux rencontres secrètes fin 2005 en Libye de Claude Guéant et de Brice Hortefeux, ses plus proches collaborateurs, avec le haut dignitaire libyen Abdallah Senoussi. Dans les mois qui ont suivi, le régime libyen a fait virer quelque six millions d'euros sur les comptes de l'intermédiaire Ziad Takieddine, présent au cours des réunions occultes avec le numéro deux libyen.
Lors de ses audiences, Nicolas Sarkozy a glissé que ces rencontres n’étaient pas une demande de sa part mais que ses collaborateurs avaient pris seuls cette initiative, une version contestée dès le lendemain par une lettre de Claude Guéant, absent du procès pour raison de santé, et qui insiste avoir agi à la demande de Nicolas Sarkozy.
Une nouvelle incarcération possible
Après sa condamnation en première instance, Nicolas Sarkozy est devenu le premier président emprisonné dans l'histoire de la République française, passant 20 jours derrière les barreaux de la prison parisienne de la Santé jusqu'à sa libération sous contrôle judiciaire dans l'attente du procès en appel.
Le risque d'une nouvelle incarcération, plus longue, menace désormais l'ancien chef de l'État même si une éventuelle condamnation en novembre ne deviendrait pas aussitôt définitive, Nicolas Sarkozy pouvant se pourvoir en cassation.
Mais la plus haute instance judiciaire a récemment rejeté ses recours contre deux autres condamnations pénales en appel, dans l'affaire dite des écoutes et l'affaire Bygmalion du financement de sa campagne de 2012, les rendant définitives et entraînant l'exécution des peines.
À l'encontre de Claude Guéant et Brice Hortefeux, le parquet général a demandé globalement de confirmer leurs peines de première instance.
Claude Guéant, un ancien secrétaire général de l'Élysée, avait été condamné à six ans de prison ferme pour un ensemble d'infractions, notamment reconnu coupable de s'être laissé corrompre par l'argent libyen via l'intermédiaire Alexandre Djouhri.
La décision de la cour d'appel devrait être rendue le 30 novembre. En cas de condamnation, l'ex-président français, qui martèle que "pas un centime" d'argent libyen n'a été perçu à cette occasion, aura un dernier recours : le pourvoi en cassation.



















