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Violences policières à Noisiel: trois membres de la BAC renvoyés devant le tribunal
Lors de leurs auditions, ils ont décrit des conditions d’intervention chaotiques, "apocalyptiques", selon leurs propres termes.
Violences policières à Noisiel: trois membres de la BAC renvoyés devant le tribunal
Trois membres de la BAC renvoyés devant le tribunal / AP
il y a 2 heures

Trois policiers de la brigade anticriminalité (BAC) de Noisiel, soupçonnés d’avoir commis des violences injustifiées lors d’une intervention le 16 mars, ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel.

Tiffany M., placée en garde à vue dans les locaux de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), a été confrontée à des vidéos amateurs largement diffusées sur les réseaux sociaux — images également montrées à ses trois collègues de la BAC de nuit. 

Ces enregistrements montrent l’intervention du quartet dans le centre de Noisiel: on y voit notamment deux personnes recevoir des coups au sol, dont l’une après avoir été atteinte par un tir de lanceur de balles de défense (LBD). Les victimes, Flavel, 35 ans, et Dylan, 15 ans, avaient immédiatement porté plainte.

Explication non convaincante 

L’affaire, instruite rapidement par le procureur de la République de Meaux, Jean‑Baptiste Bladier, a mobilisé des moyens importants de la "police des polices". Au terme des auditions, dont Le Monde a obtenu des éléments, les explications des agents n’ont pas convaincu. Trois d’entre eux ont été renvoyés devant le tribunal en septembre et placés sous contrôle judiciaire en attendant le procès ; une quatrième a bénéficié d’un classement.

Kevin B., 33 ans, est mis en cause pour les coups portés à Flavel, qui a reçu quatre jours d’incapacité totale de travail (ITT). Poursuivi pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique avec arme, il est interdit d’exercer sur la voie publique jusqu’au procès. Le chef d’équipage Christophe C., 40 ans, et Damien M., 41 ans, sont poursuivis pour violences volontaires en réunion ayant entraîné plus de huit jours d’ITT, à la suite des coups portés à Dylan, qui s’est vu attribuer dix jours d’ITT. Ils sont provisoirement interdits de détenir une arme.

Le soir des faits, la BAC avait été sollicitée pour porter secours à des policiers municipaux pris à partie et visés par des tirs de feux d’artifice, une poubelle enflammée ayant été approchée contre leurs locaux. Les quatre agents sont partis en urgence, l’un d’eux conduisant à vive allure et frôlant l’accident. À leur arrivée, selon le récit du chef d’équipage, ils se sont retrouvés au milieu d’une vingtaine de personnes et la voiture de police a été visée par des feux d’artifice. Le chef de bord a déclaré avoir tiré avec son LBD, puis lancé une grenade de désencerclement et une lacrymogène MP7. Les policiers se sont finalement garés à environ 200 mètres et ont décidé de revenir à pied.

“Aucun tir de mortiers”

L’IGPN, qui conteste certains éléments de leurs premières déclarations, n’a constaté à ce moment "aucun tir de mortiers ou de projectiles dans leur direction", mais relève des insultes proférées par un agent, attribuées au brigadier‑chef Christophe C., et des menaces verbales, qu’il a ensuite dit "regretter", affirmant avoir voulu intimider et non être agressif.

Peu après, Christophe C. a donné l’ordre à Dylan de s’arrêter puis a tiré une cartouche de LBD. Le mineur, touché à l’aisselle, est tombé contre un rideau métallique ; le brigadier‑chef lui a ensuite asséné un coup de pied, suivi d’un coup similaire de la part de Damien M. Pour justifier son tir, le chef de bord a expliqué en audition que l’adolescent était cagoulé, se déplaçait sous un porche et portait un mortier, s’apprêtant, selon lui, à tirer sur ses collègues.

L’IGPN écrit cependant qu’au moment du tir, rien ne confirme que Dylan tenait un mortier: ni les images de vidéosurveillance situées 150 mètres plus loin, ni les caméras piéton tournées après l’interpellation ne montrent d’élément matériel. Les enquêteurs relèvent aussi que, malgré l’ancienneté de certains agents, personne n’a pensé à récupérer l’objet censé les avoir menacés. Christophe C. a fini par reconnaître que son geste était "une erreur", admettant que son coup n’était "pas du tout bien placé".

Le policier porte les premiers coups 

Concernant Flavel, Kevin B. explique avoir tenté d’ordonner à un groupe de partir, et affirme avoir été frappé par l’un d’eux avant de chuter. Il dit avoir poussé Flavel pour le faire reculer, s’être retrouvé au sol avec lui, et qu’une grenade dégoupillée aurait explosé, projetant des palets lacrymogènes ; il dit s’être brûlé la main en tentant d’écarter ces palets. Kevin B. précise ne pas être habilité à utiliser ces armes et assure les avoir dégoupillées pour une collègue habilitée, afin de "gagner du temps".

L’IGPN, qui a analysé les vidéos, estime au contraire que c’est Kevin B. qui porte les premiers coups et que Flavel, au départ, cherche seulement à parer les coups. Sur les images, Flavel paraît ensuite inanimé au sol, ne se débattant aucunement. Les enquêteurs jugent également que Kevin B. a effectivement porté des coups de poing, contrairement à ses dénégations.

Face aux nombreuses divergences et incohérences relevées, le procureur a, en outre, poursuivi Damien M. pour faux en écriture publique: le brigadier‑chef est l’auteur du procès‑verbal d’interpellation que le magistrat considère comme comportant des descriptions inexactes et imputant à tort des faits délictueux à certaines personnes. Damien M. a assuré qu’il n’avait "aucune mauvaise intention" en rédigeant le PV, invoquant des "conditions apocalyptiques".

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SOURCE:TRT français et agences