Genève vote dimanche sur une interdiction pour les élus du canton d’arborer des signes religieux. Ela Bulen Özturk est suisse, socialiste et voilée, elle est élue municipale dans la commune de Thônex et s’inquiète d’une proposition qui vise, selon elle, clairement les musulmans.
“Quand on parle de signes ostentatoires, on sait très bien qui sont les principales visées. Parce qu'un foulard, on ne peut pas le retirer, comme vous pouvez cacher une croix ou on pourrait enlever une kippa“, s’énerve-t-elle.
Elle confie à TRT Français que lorsque cette proposition a été présentée par une élue radicale (droite libérale), elle s’est demandé si sa place était toujours en Suisse. “Parfois, on ne me salue pas quand j’arrive dans une réunion. Il y a les regards, on n’a pas l’habitude de voir une femme musulmane portant le voile s’imposer dans le monde politique (...)
Quand j'étais en campagne électorale, j'ai eu beaucoup d'attaques frontales, des personnes qui se revendiquaient majoritairement de gauche et ça m'a fait vraiment mal. Je recevais toutes les semaines des mails de menaces. Je me suis posé à maintes reprises la question : est-ce que j'ai réellement ma place ici ?”
Des élus comme Céline Zuber Roy (députée PLR) défendent l'idée que l'enceinte de l'État doit rester strictement neutre. Les partisans de ce texte soutiennent que les élus représentent l'ensemble de la population et non une communauté spécifique.
Au nom de la laïcité
Aujourd’hui, l’élue de Thônex a changé d’avis et a décidé de se battre. Elle fait également partie de l’association “Les Foulards violets”, collectif qui défend les femmes portant le voile, et elle est bien décidée à défendre son droit à porter le foulard.
Cette étudiante de 21 ans étudie le droit et les sciences politiques, ce qui a peut-être joué dans sa résolution. “J'ai changé de perspective, je sais que je suis légitime, j'ose prendre la parole. Je me suis beaucoup questionnée. Maintenant, je sais que je suis légitime. J’ai pris beaucoup de recul. C'est mon pays. Je suis citoyenne et les critiques sont une impasse, et c'est pour ça que j'ai décidé d'avancer. Et maintenant, je sais que j'ai ma place.”

Les premières fois où elle a participé aux conseils municipaux, elle se souvient des regards étonnés. Ela Bulen Özturk rappelle qu’il n’y a pas de femme voilée au Grand Conseil genevois (l’assemblée cantonale) et qu’une seule autre élue municipale est voilée dans le canton. Elle siège au conseil municipal du Grand-Saconnex.
Genève multiplie les mesures anti-musulmanes
La droite genevoise (UDC, PLR et Le Centre) a semble-t-il entamé une stratégie islamophobe. Au printemps dernier, le canton a interdit les burkinis et tous les maillots de bain longs dans les piscines.
Aujourd’hui, une votation est organisée pour interdire aux élus de porter des signes religieux. Les femmes fonctionnaires se sont vues interdire le port du voile.
“Aujourd'hui, une femme musulmane qui porte le foulard ne peut plus aller travailler en tant que fonctionnaire à l'État de Genève, elle ne peut plus aller se baigner et demain, elle ne pourra même plus être élue. Donc là, c'est une attaque directe à l'État de droit, aux libertés fondamentales des personnes.” La jeune femme conclut par une phrase choc : “Genève s’acharne sur les musulmanes.”

La jeune étudiante rappelle une évidence pour qui est croyant : “Mon foulard n'est pas un accessoire, il est le reflet de ma liberté de croyance, liberté de religion et c'est inscrit, le Tribunal fédéral suisse me protège et dit clairement que ce n’est pas un accessoire”.
Deux députés Verts genevois ont déjà annoncé vouloir faire recours auprès de la Chambre constitutionnelle si le texte est voté par les citoyens genevois, dénonçant une “violation de la liberté de croyance” et du “principe d’égalité politique”.
Une tentative précédente a eu lieu en 2019. Le parlement l’avait introduite dans la nouvelle loi sur la laïcité de l’État, mais la Chambre constitutionnelle avait annulé cette atteinte “disproportionnée” à la liberté religieuse, considérant que la laïcité de l’État ne s’applique pas à ces élus.























