Juste après les violences des samedi 17 et dimanche 18 octobre en France, le président de la République a quitté Paris dimanche soir, quelques minutes après son discours de fermeté à la télévision.
Direction les rives du golfe Persique, où il s'est rendu au Koweït puis aux Émirats arabes unis lundi, avant de gagner Bahreïn et le Qatar, jusqu'à mercredi. Sa mission est simple : essayer d'obtenir davantage de pétrole et surtout du diesel auprès de cette région riche en hydrocarbures, mais déstabilisée par la guerre en Iran. Les capacités d'exportation des pays de la région sont affectées, voire très réduites pour certains types de carburants.
Mission accomplie, se réjouit l'Élysée. Le chef de l'État a obtenu des engagements portant sur "environ 100 000 tonnes par mois de diesel avec les Émirats" et sur une quantité équivalente à Bahreïn, où il a été accueilli à la mi-journée par le roi Hamad ben Issa Al Khalifa, a précisé la présidence.
Au total, avec les volumes supplémentaires déjà sécurisés auprès de l'Arabie saoudite, à hauteur de "95 000 tonnes" pour octobre et novembre, que Paris espère pérenniser, la France dispose d'engagements portant sur 295 000 tonnes, soit "un peu plus de 10 %" de sa consommation, a relevé un conseiller présidentiel.
Cela représente l'équivalent de 2,25 millions de barils et 30 % des importations mensuelles de produits raffinés. Le marché du diesel est particulièrement tendu en France, gros importateur, où les prix à la pompe connaissent la hausse la plus marquée.
Le Koweït a, de son côté, pris des "engagements très clairs" concernant la livraison de diesel et de kérosène vers les territoires d'outre-mer de l'océan Indien — Mayotte et La Réunion — via Oman, contournant ainsi le détroit d'Ormuz, où le trafic est fortement perturbé depuis le début du conflit entre les États-Unis et l'Iran, fin février.
"Rassurer les Français"
À plus de 4 000 km de la France, Emmanuel Macron, critiqué pour avoir quitté le pays en pleine crise, après les scènes de chaos et de pillage survenues dans toute la France en marge de manifestations pacifiques de lycéens et de Gilets jaunes, s'est attaché à justifier son déplacement.
"Nous avons sécurisé des quantités tout à fait significatives", s'est félicité l'un de ses conseillers, sans pouvoir quantifier à ce stade leur impact sur les prix, au-delà de celui des stocks stratégiques déjà libérés en France.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé le 12 octobre la vente à prix "coûtant" de 10 millions de barils de gazole issus de ces réserves, avec pour objectif de faire baisser les prix de 12 à 18 centimes pour les consommateurs à partir du 1er novembre.
"On est plutôt dans une mission d'assurer les approvisionnements car il y a un risque. On a un déficit diesel car on est un gros importateur", a relevé le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, qui accompagnait le président en marge du déplacement.
"Ça va rassurer les Français. On ne va pas manquer de diesel en février", en plein hiver, a ajouté le dirigeant du groupe, qui va conclure les contrats avec les opérateurs locaux.
Le détroit d’Ormuz toujours bloqué
Mais les experts estiment que l'impact de ces engagements reste incertain, d'autant que les pays de la région demeurent sous la menace de nouvelles frappes iraniennes si les hostilités entre les États-Unis et l'Iran reprennent, ce qui entraverait les exportations.
"Il y a une très grande prudence de nos partenaires qui sont tous exposés d'une manière ou d'une autre", a reconnu l'Élysée, évoquant également le risque que la région s'installe durablement "dans une zone grise de “ni paix, ni guerre”".
Des discussions sont également en cours avec les pays du Golfe pour "faire baisser les prix de l'assurance maritime afin que les compagnies puissent sortir davantage de quantités" d'hydrocarbures à travers le détroit d'Ormuz, à moindre coût, a ajouté l'Élysée, sans plus de précisions.
Emmanuel Macron a par ailleurs discuté avec ses interlocuteurs, dont le président émirati Mohammed ben Zayed, mardi, des moyens de "sécuriser" les voies maritimes et de trouver des itinéraires de contournement.
La construction d'oléoducs et de gazoducs vers l'océan Indien, contournant Ormuz, ainsi que vers la Méditerranée via l'Égypte, avec une connexion au port d'Alexandrie, a été évoquée, selon l'Élysée.
Après le Koweït, les Émirats arabes unis et Bahreïn, Emmanuel Macron doit se rendre au Qatar pour une visite d'État. Aucun président français ne s'était rendu au Koweït et à Bahreïn depuis Nicolas Sarkozy, en 2009.
Durant la tournée, des accords de défense ont également été conclus, dont l'un avec les Émirats arabes unis portant sur un "partage des coûts" liés au standard Rafale F5 pour la flotte émiratie. Des discussions ont également porté sur des ventes d'armements.






















