Le jacobinisme est-il mort ? Cette tradition française de centralisation et d'uniformité des normes va-t-elle être mise de côté par les députés français ?
L'autonomie, voire l'indépendance, est une revendication de certains mouvements corses depuis 45 ans. Plusieurs partis autonomistes ou indépendantistes se partagent l'échiquier politique local.
Le projet discuté à partir d'aujourd'hui est issu d'une promesse d'Emmanuel Macron en 2022, lors de sa campagne électorale pour un second mandat, après que des manifestations ont secoué l'île.
En mars 2024, le gouvernement et les élus corses sont finalement parvenus à un accord adopté par l'Assemblée de Corse.
Ce texte consacre l'autonomie de l'île et lui accorde des pouvoirs d'adaptation et de fixation des normes. Le pouvoir législatif ou normatif transféré à l'Assemblée de Corse est strictement encadré. L'État conserve l'exclusivité absolue sur la justice, la sécurité, la défense, la monnaie ou encore la nationalité.
Un statut inédit justifié par les spécificités insulaires, explique le gouvernement.
En commission des lois, certains élus ont regretté un pouvoir normatif trop important accordé aux élus corses, rappelant que la mafia est présente sur l'île. Le texte a été adopté par 20 voix contre six au sein de cette commission.
Le jacobinisme reste l'ADN politique de la France
Mais en France métropolitaine, la question de l'autonomie d'un territoire reste sensible, car la tradition jacobine fait partie de l'ADN de la plupart des partis politiques. Certains partis, comme Les Républicains, ont déjà annoncé la couleur : ce sera non à l'autonomie de la Corse. Mais l'avenir du texte pourrait être entre les mains du Rassemblement national et de La France insoumise qui, de très jacobins, sont semble-t-il devenus des "jacobins flexibles".
Les cadres du RN ont toujours été intraitables sur l'homogénéité de la communauté nationale, une et indivisible. Mais, surprise, la présidente du groupe RN à l'Assemblée, Marine Le Pen, a défendu une "autonomie sous contrôle" et envisage de s'abstenir sur le projet du gouvernement.

Même évolution du côté de La France insoumise. Son chef a toujours été un ultra-jacobin mais, lors de son meeting à Saint-Denis le 7 juin, Jean-Luc Mélenchon a évoqué une "autonomie étendue" pour la Corse s'il est élu l'an prochain.
À l'Assemblée, le groupe présidé par Mathilde Panot hésite entre un vote favorable et une abstention, mais certains députés disent "entendre les Corses".
Le député Éric Coquerel a même déclaré auprès de Corse Matin : "Nous sommes favorables à une autonomie. À condition bien sûr qu'il y ait un certain nombre de garde-fous auxquels nous tenons."
Du côté du camp Macron, la majorité des députés d'Ensemble pour la République se dit prête à voter le texte afin de tenir "la promesse faite aux Corses".
L'avenir du texte est donc incertain : s'il est adopté à l'Assemblée lors du vote prévu le 23 juin, il devra ensuite franchir l'étape du Sénat.
Son président, Gérard Larcher (LR), a déjà exprimé tout le mal qu'il pensait de cette réforme.
















