AFRIQUE
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L’Algérie reconquiert son influence au Sahel
Plusieurs événements récents indiquent un retour de l’Algérie dans la région du Sahel, entre libération de soldats maliens et inauguration d’une centrale électrique.
L’Algérie reconquiert son influence au Sahel
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune. / AFP Archive

Des informations éparses semblent indiquer un retour de l’influence algérienne dans les affaires du Sahel. Les services de sécurité algériens ont joué un rôle dans la libération de Sinan Ulumaskan, un ressortissant allemand d’origine turque enlevé au Niger en juillet dernier et relâché il y a quelques jours. L’otage a été exfiltré vers Alger avant de retourner chez lui.

Au Mali, 82 militaires maliens retenus par des groupes terroristes ont été libérés le 13 août, et le président Assimi Goïta a signé la grâce présidentielle du Français Yann Vézilier, accusé de complot et condamné à 20 ans de prison. Là encore, l’entregent de l’Algérie semble évident selon Bassem Laredj, même si rien n’a été confirmé publiquement.

Depuis le début de l’année 2026, l’Algérie a clairement intensifié ses initiatives diplomatiques auprès du Niger et du Burkina Faso afin de réaffirmer son rôle au Sahel. Ses relations avec les trois pays de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) s’étaient détériorées après l’incident du drone malien abattu par l’armée algérienne en avril 2025, près de la frontière.

“Je dirai que c'est moins un retour, mais plutôt une réaffirmation de la présence algérienne dans cette zone stratégique qu’est le Sahel. Mais effectivement, aujourd'hui, on assiste à un retour en force de l'Algérie dans cette zone stratégique. Il faut savoir que l'Algérie partage des milliers de kilomètres avec le Sahel, notamment le Niger et le Mali, et cette instabilité sécuritaire a des conséquences directes sur la vie nationale algérienne entre terrorisme, circulation des armes, criminalité et migration.”

Si les nouveaux régimes sahéliens ont un temps pris leur distance avec l’Algérie, les tensions semblent aujourd’hui oubliées. Le président Abdelmadjid Tebboune et le président Abdourahamane Tiani ont scellé leur réconciliation lors d’une visite officielle du dirigeant nigérien à Alger en février dernier et l’ambassadeur algérien est retourné à Niamey, au Niger.

Les autorités maliennes ont également changé de ton. Elles n’accusent plus Alger de soutenir les mouvements terroristes. Il semble que la “realpolitik” ait forgé une évidence : il est impossible de combattre le terrorisme au Sahel sans travailler avec Alger. 

Le réchauffement avec le Mali

Le processus de réengagement amorcé depuis le début de l’année avec le Niger et le Burkina Faso a ouvert la voie à un dégel avec Bamako. Après 15 mois de crise diplomatique, ce lundi 10 août, le Premier ministre algérien a invité son homologue malien à Alger, après le retour de l’ambassadeur malien dans la capitale algérienne début juillet. Les deux pays ont également rouvert leurs espaces aériens civils et militaires.

Les récents événements qui ont intensifié la crise malienne ont sans doute été l'élément déclencheur. Les groupes armés séparatistes et terroristes ont repris le contrôle de la ville de Kidal le 25 avril 2026, après une série d’attaques coordonnées menées par le groupe séparatiste FLA et le groupe terroriste JNIM contre plusieurs villes et places fortes militaires.

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Les groupes terroristes coupent aussi depuis des mois les routes d’approvisionnement du pays en hydrocarbures dans une guerre des nerfs destinée à désorganiser les déplacements et à marquer l’opinion publique.

Le changement de ton des autorités maliennes est lié à ce constat simple : le tout sécuritaire choisi au départ ne fonctionne pas, conclut Bassem Laredj. “L'option du tout militaire qui était choisie par les autorités maliennes montre aujourd'hui parfaitement ses limites. Je pense effectivement que l'Algérie a un rôle très important à jouer en ce moment.” 

L’allié russe du Mali et de l’Algérie a également oeuvré à ce rapprochement.

L’Algérie reste la grande puissance du Sahara de par sa géographie. La question des séparatistes touaregs, qui fragilise aujourd’hui le Mali, la touche aussi, car elle dispose du plus grand domaine touareg dans son grand Sud. Une population qu’on retrouve au Mali et au Niger.

“En Algérie, on travaille depuis plusieurs décennies sur les problématiques sahariennes, donc elle connaît parfaitement les États en présence, mais également les dynamiques tribales, communautaires et transfrontalières qui peuvent impacter cette région du désert stratégique.”

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Alger a en effet un autre atout de taille dans sa manche : elle a régulièrement joué les intermédiaires et a toujours maintenu des canaux de communication avec les groupes armés présents dans la région. Ainsi, l’Algérie a joué les intermédiaires fin avril entre le gouvernement malien et les séparatistes touaregs pour aboutir au retrait des forces russes et maliennes de Kidal, ville où elles étaient retranchées depuis le début de l’offensive de la coalition FLA-JNIM.

N’oublions pas qu’elle a été le chef de file de la médiation internationale chargée de faire appliquer l’accord de paix signé en 2015 entre la rébellion du Nord et Bamako.

Enfin, il ne faut pas oublier la force militaire de l’Algérie. C’est la plus grande armée de la région. Elle a un budget militaire considérable et peut apparaître comme une force de stabilisation et de sécurisation, et aider des régimes comme celui de Bamako ou du Niger, qui ont moins de moyens.

Le choix de la diplomatie économique

L’analyste Bassem Laredj insiste sur le fait que l’Algérie défend et pratique depuis longtemps une ligne simple : la solution aux problèmes du Sahel doit être traitée au niveau sécuritaire, mais aussi économique, pour stabiliser des régions qui parfois se sentent “oubliées” des pouvoirs centraux.

Et ces derniers mois, cette diplomatie énergétique et économique a été accélérée. Le ministre algérien de l'Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a ainsi initié cette dynamique à travers deux missions consécutives cette année : à Niamey en janvier et au Burkina Faso en février.

La récente inauguration, mi-août, d’une centrale électrique de 40 mégawatts du côté de Niamey, don d’Alger au Niger, où 70 % de l’électricité est importée, ainsi que les premiers travaux de forage au nord du pays dans le cadre du projet “Kafra Sud-Est 1”, inaugurés ce 13 août, sont les effets concrets de cette politique.

Le pétrole, secteur clé algérien, joue aussi un rôle dans cette diplomatie. Sonatrach (compagnie pétrolière algérienne) et son pendant nigérien Sonidep ont mis sur pied une coopération commerciale et, ce samedi 14 août, un premier pétrolier de brut nigérien a quitté le port de Sèmè au Bénin pour être commercialisé conjointement par les deux sociétés.

Sonatrach explique dans un communiqué que cette étape "s’inscrit dans la dynamique de consolidation des relations entre l’Algérie et le Niger, et traduit la volonté des deux parties à développer des partenariats durables permettant la création d’opportunités mutuellement bénéfiques".

Le message est clair et, pour ancrer dans le temps et dans l’espace cette influence, l’Algérie relance des projets d’infrastructures qui devraient désenclaver le Sahel.

Le tronçon algérien de la transsaharienne qui rejoindra le Nigéria est terminé, mais Alger mène à présent des opérations de modernisation et de réalisation de tronçons hors de ses frontières, notamment au Tchad. Cette route devrait à terme connecter tous les pays du Sahel.

Même coup d’accélérateur sur le projet pharaonique du gazoduc transsaharien, longtemps mis sur pause. Des travaux ont commencé en juin dernier du côté algérien à Adra. Ce gazoduc exportera le gaz nigérian vers l'Europe via le Niger et l’Algérie. La réconciliation en février entre l’Algérie et le Niger a tout simplement relancé ce vieux projet.

Ce retour en force de l’Algérie au Sahel s’est aussi imposé à Alger, car de nombreux acteurs se sont implantés dans cette région stratégique, notamment la Russie, mais aussi la Türkiye et le Maroc.

Le Maroc multiplie les investissements notamment dans le secteur bancaire ou des services. Le roi Mohamed VI défend le développement de la façade atlantique du sud marocain avec des ports de grande capacité pour désenclaver le Sahel. 

Dans ce contexte concurrentiel, Alger avait tout intérêt à reprendre langue avec ses voisins pour conserver son influence historique. Le magazine Maroc Diplomatique minimise le rapprochement récent de l’Algérie et du Mali en mettant en concurrence les deux approches: “Alger rappelle qu’elle partage des frontières avec le Sahel. Le Maroc démontre qu’il peut ouvrir des horizons à ses partenaires. Alger cherche à préserver une zone d’influence. Rabat bâtit un réseau d’interdépendances.” Le Sahel est manifestement une terre où la compétition fait rage.

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SOURCE:TRT Francais