Des officiers et des soldats israéliens ont reconnu avoir procédé à des destructions massives de bâtiments dans des villages du Sud-Liban, affirmant que leur mission dépasse le simple ciblage des infrastructures du Hezbollah.
Depuis le 2 mars, Israël mène une offensive au Liban qui a fait au moins 2 534 morts, 7 863 blessés et déplacé plus de 1,6 million de personnes – soit environ un cinquième de la population – selon les chiffres officiels.
Un cessez-le-feu de dix jours, entré en vigueur le 17 avril, a été prolongé jusqu'au 17 mai, mais Israël continue de le violer quotidiennement par des frappes aériennes et la démolition de maisons au Sud-Liban.
Alors que l'armée israélienne a diffusé des images de démolitions à grande échelle, affirmant cibler les "infrastructures du Hezbollah", des soldats cités par le journal israélien Haaretz ont déclaré que la réalité est tout autre.
Citant des soldats anonymes sur le terrain, le journal a rapporté mercredi que "l'essentiel de leurs activités actuelles ne consiste pas à combattre directement le Hezbollah, mais à détruire systématiquement des bâtiments dans des villages du sud du Liban".
"Leur seule mission est de poursuivre la destruction. Il n'y en a pas d'autre", a déclaré un officier israélien.
Un autre a ajouté que, contrairement aux affirmations de l'armée, "il ne s'agit pas d'infrastructures terroristes ; nous détruisons tout".
Selon le quotidien, l'armée désigne son plan de démolition des "villages chiites" du sud du Liban sous le nom d'"Opération Charrue d'Argent".
"Dans le cadre de ce plan, un polygone est délimité pour chaque unité déployée dans la zone, indiquant la portion de terrain dont elle est responsable", a précisé le journal.
"Chaque jour, un bilan est établi des opérations accomplies, et chaque commandant est tenu de rendre compte du nombre de maisons détruites."
Menaces de drones du Hezbollah
Haaretz a indiqué que chaque unité se voit attribuer des bulldozers, conduits par des entreprises civiles, qu'elle est tenue de protéger.
"Les soldats et les officiers sur le terrain affirment que la menace des drones est plus grave lorsqu'ils se trouvent en terrain découvert et lorsqu'ils sont en mouvement", ajoute le rapport.
"Les problèmes surviennent lorsque les forces sont à découvert et ne peuvent pas se protéger correctement. Or, la plupart des démolitions de maisons dans les villages libanais se déroulent en terrain découvert, ce qui rend les soldats vulnérables."
Un soldat participant aux opérations a déclaré : "Nous restons là, exposés, à surveiller la démolition des maisons pendant que des drones survolent la zone. C'est absurde."
"À la fin de chaque journée, un rapport est établi sur le nombre de maisons détruites", a déclaré un autre officier.
"Zone de combat"
Des soldats ont également confié au journal que les entreprises civiles sont payées en fonction du nombre de maisons démolies.
"Nous sommes là pour les protéger, au péril de nos vies", a déclaré un soldat.
Ce rapport intervient alors qu'Israël cherche à étendre ses zones tampons au-delà de ses frontières, à l'instar des mesures prises à Gaza et en Syrie.
En avril, l'armée israélienne a annoncé l'instauration de la "Ligne jaune" au sud du fleuve Litani, une frontière symbolique désignant une zone s'étendant jusqu'à la frontière comme "zone tampon de sécurité", une mesure qui rappelle le modèle de Gaza.
Selon Israël, cette zone vise à empêcher le retour des personnes déplacées et à cibler toute activité armée, la qualifiant de "zone de combat" non soumise aux accords de cessez-le-feu. Cette initiative laisse penser à une tentative d'ancrer une nouvelle réalité sur le terrain tout en justifiant par avance de futures attaques dans la région.














