AFRIQUE
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Tchad: le retour discret de l'armée française
Les militaires français effectuent un retour discret au Tchad, près d'un an après leur retrait . N'Djamena n'a pas trouvé d'alternative face à la persistance de la menace terroriste dans la région du lac Tchad, ainsi qu'à l'instabilité au Soudan.
Tchad: le retour discret de l'armée française
Archive. Des soldats français hissent les drapeaux français et tchadien sur leur base militaire à N'Djamena, la capitale du Tchad, le 26 octobre 2014. / REUTERS

Peu d'observateurs imaginaient un retour aussi rapide des militaires français au Tchad, à peine un an après leur départ. Pourtant, depuis la mi-avril, plusieurs officiers français ont discrètement repris pied à N'Djamena, dans le sillage de la visite du président Mahamat Idriss Déby en France les 28 et 29 janvier 2026. Selon la presse tchadienne et plusieurs sources concordantes, ce détachement est chargé de relancer la coopération militaire bilatérale à travers des missions de liaison, de formation et d'appui au renseignement auprès des forces armées tchadiennes.

Ce retour suggère que N'Djamena n'a pas réussi à mettre en place une alternative pleinement satisfaisante au partenariat sécuritaire français, malgré sa volonté affichée de diversifier ses alliances. Dans un contexte régional marqué par la persistance de la menace terroriste et l'instabilité croissante aux frontières du pays, les besoins opérationnels semblent avoir pris le pas sur les considérations politiques.

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L'absence des forces françaises aurait en effet contribué à fragiliser le dispositif sécuritaire tchadien, notamment dans la région du lac Tchad, où les groupes affiliés à Daech en Afrique de l'Ouest (ISWAP) et à Boko Haram continuent de mener des attaques. La dégradation de l'environnement sécuritaire, combinée aux crises persistantes au Soudan et dans le sud de la Libye, a vraisemblablement convaincu les autorités tchadiennes de renouer, au moins partiellement, avec l'expertise militaire française.

Des menaces sécuritaires bien réelles

Les autorités tchadiennes font face à une dégradation persistante de l'environnement sécuritaire. Les groupes terroristes opérant dans le bassin du lac Tchad ont notamment multiplié les offensives au cours du mois de mai.

Dans la nuit du 4 mai, des combattants affiliés à Boko Haram et à Daech en Afrique de l'Ouest (ISWAP) ont attaqué une position de l'armée tchadienne sur l'île de Barka Tolorom, dans la province du Lac. Selon le bilan officiel, 23 soldats tchadiens ont été tués et 26 autres blessés. N'Djamena affirme avoir repoussé l'assaut et infligé de lourdes pertes aux assaillants.

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Deux jours plus tard, le 6 mai, une nouvelle attaque visait des positions militaires dans la même province. Face à cette recrudescence des violences, le gouvernement a décrété un deuil national ainsi qu'un état d'urgence de 20 jours dans la province du Lac.

Parallèlement, le conflit soudanais continue de produire des effets déstabilisateurs sur le Tchad. Le 23 février, les autorités ont fermé les quelque 1 300 kilomètres de frontière avec le Soudan après plusieurs incursions de groupes armés liés à la guerre qui oppose l'armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR). Cette mesure n'a toutefois pas empêché une attaque de drones menée depuis le territoire soudanais contre la ville frontalière de Tiné, dans l'est du Tchad, le 18 mars 2026. Le raid avait fait 19 morts selon les autorités.

À ces menaces s'ajoute l'activité des mouvements politico-militaires tchadiens installés dans le sud de la Libye, notamment le Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT) et le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR), qui conservent des capacités de nuisance malgré les revers subis ces dernières années.

Une coopération militaire repensée

Le retour des officiers français ne signifie toutefois pas un retour au dispositif militaire qui prévalait avant le retrait de 2025. Cette présence devrait s'inscrire dans la nouvelle doctrine française en Afrique, fondée sur une empreinte plus discrète et davantage orientée vers l'accompagnement des armées partenaires.

Jean-Marie Bockel, envoyé personnel du président Emmanuel Macron pour l'Afrique, l'avait expliqué devant une commission du Sénat français en mai 2024. L'action de la France doit désormais s'appuyer sur "une présence visible moindre", tout en conservant des capacités d'accès logistique, humain et matériel permettant de répondre aux besoins exprimés par les États partenaires.

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Dans cette logique, il n'est pas question de réinstaller une base militaire française permanente au Tchad, ni de redéployer des unités prépositionnées comparables à celles qui étaient stationnées à N'Djamena avant leur départ. Le nouveau partenariat privilégierait une coopération ciblée et flexible, sans dispositif de sécurité partagé ni présence combattante significative.

Selon plusieurs sources concordantes, le mécanisme de coopération en cours de mise en place devrait être pleinement opérationnel à partir du mois d'août. Il porterait principalement sur la formation et l'entraînement des forces armées tchadiennes, l'appui au renseignement contre les groupes terroristes et les mouvements politico-militaires, ainsi que le renforcement des capacités de planification et de commandement de l'armée tchadienne.

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Pour Paris comme pour N'Djamena, il s'agit de préserver un partenariat sécuritaire jugé utile face à la multiplication des menaces régionales, tout en tenant compte des évolutions politiques qui ont profondément transformé les relations entre la France et ses partenaires africains ces dernières années.

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SOURCE:TRT Francais