"Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. Et nous sommes 115", soulignent-ils dans leur courrier.
C’est un peu un scénario à la Fayard (autre maison passée sous contrôle de Bolloré), mais en plus important.
Parmi les auteurs qui quittent le navire Grasset figurent de nombreux poids lourds de la littérature française, romanciers comme essayistes, de Virginie Despentes à Sorj Chalandon et de Bernard-Henri Lévy à Frédéric Beigbeder.
"Aujourd'hui, nous avons un point commun: nous refusons d'être les otages d'une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias", affirment les signataires.
"Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient (la) propriété" de Vincent Bolloré, écrivent-ils aussi.
Cette décision inédite par son ampleur a été prise dans l’urgence après l’annonce mardi du départ d’Olivier Nora après plus d’un quart de siècle à la tête de la maison aux 17 prix Goncourt.
Les raisons du retrait surprise d’Olivier Nora, qui dirigeait Grasset depuis 2000, n’ont pas été officiellement précisées. Mais pour ce collectif, pas de doute: il s’agit d’un "licenciement" marquant "une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et la liberté de création", selon une lettre commune obtenue mercredi soir par l’AFP. Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, va succéder à Olivier Nora.
Selon une source proche du dossier, ce départ serait lié à la publication du prochain livre de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, dont l’arrivée chez Grasset en provenance d’un autre géant, Gallimard, avait déjà fait grand bruit en mars après un an de détention en Algérie. "Les deux parties ont fait le constat d’un désaccord" sur l’opportunité de publier cet ouvrage, consacré à cette détention, dès juin et non à l’automne comme le souhaitait Olivier Nora, indique cette source.
Un patron d’ultra-droite à la tête d’une sphère médiatique
L’inquiétude des auteurs est d’autant plus forte que le milliardaire breton a totalement changé la ligne de la maison Fayard en quelques années. En 2022, il vire la directrice générale Sophie de Closets, la remplace par Isabelle Saporta (accusée par des auteurs maison d’allégeance à l’ancien chef de l’État Nicolas Sarkozy). En avril 2024, elle est à son tour licenciée pour être remplacée par Lise Boëll, ancienne éditrice d'Éric Zemmour et directrice des Éditions Plon.
Depuis, la maison est devenue la maison d’édition d’auteurs ou de politiques d’extrême droite, Fayard a publié le livre de Jordan Bardella, président du Rassemblement national, "ce que je cherche", ou le récit de ses vingt jours en prison par l’ancien président UMP Nicolas Sarkozy, "Le journal d’un prisonnier".
La destinée de la maison d’édition Fayard est l’illustration de l’incursion du politique dans le monde de l’édition et surtout des visées politiques de son propriétaire. Grasset pourrait subir le même sort selon les auteurs qui claquent la porte.
En 2023, Vincent Bolloré acquiert Hachette pour élargir sa mainmise sur les médias. Grasset fait partie de l’acquisition et passe sous le contrôle du milliardaire ultra-catholique et identitaire.
Vincent Bolloré, qui a fait fortune notamment dans la logistique en Afrique, s’est imposé depuis une vingtaine d’années comme une figure incontournable des médias en France, où il est connu pour ses positions ultraconservatrices. CNews, une des chaînes qu’il dirige, est notamment régulièrement accusée de diffuser des propos racistes.














