C’est un changement de discours. Lundi en début d’après-midi, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, écarte toute démission et affirme qu’une loi n’aurait pas empêché la mort de la petite Lyhanna, 11 ans.
Le gouvernement français change de ton quelques heures plus tard. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, indique lui-même dans une lettre à ses ministres son souhait de voir "la proposition de loi 'visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles' présentée au Conseil d'État dans les prochains jours, avant d’être mise à l’ordre du jour du Parlement".
La pression de la rue a payé. Les cris des manifestants qui se sont rassemblés dans plusieurs dizaines de villes lundi soir pour dire leur colère et demander la démission du ministre de la Justice ont résonné aux oreilles d’un exécutif qui est pourtant resté sourd aux multiples alertes pendant des années.
Le Premier ministre français sort de son tiroir la proposition de loi qui dort depuis six mois dans le bureau de l’Assemblée nationale. 110 députés de huit groupes politiques ont travaillé à ce texte et proposé 78 mesures pour réorganiser le traitement des plaintes pour violences sexuelles.
Son coût estimé est de 2,6 milliards d’euros, car il prévoit des unités de police dédiées, un socle d’actes d’enquête obligatoire pour faire baisser les classements sans suite, le traitement de ces plaintes par les cours d’assises et non plus les cours criminelles départementales qui doivent “alléger” la charge des magistrats, ainsi que le développement de la prévention... une coordination globale entre tous les services chargés de ces dossiers.

Le gouvernement avait jugé à l’époque ce projet trop coûteux et présenté un contre-projet moins cher, puis plus rien. Aurore Bergé, la ministre de l'Égalité des femmes et des hommes, a d’ailleurs brillé par son silence.
Alors, est-ce que ce gouvernement Lecornu dont les moyens financiers sont contraints va financer dans sa totalité cette loi-cadre ? Va-t-on voir à l’arrivée se dessiner un projet rogné au nom des économies et du budget ?
Un gouvernement aveugle
Les prochains mois répondront à cette question. En attendant, la responsabilité politique des gouvernements Macron successifs reste entière et ce fut la teneur des cris des manifestants de ce lundi soir.
Il est de notoriété publique que le phénomène des violences faites aux enfants et aux femmes prend de l’ampleur dans les tribunaux, mais les Premiers ministres successifs avaient le regard porté ailleurs.
Et pourtant, les alertes se sont multipliées. En janvier 2026, pour la rentrée de la Cour d’appel de Paris, la procureure générale parle de “submersion”, en dix ans, le nombre de plaintes pour violences sexuelles a été multiplié par trois.
Le sujet aurait dû occuper les gouvernements Macron, la lutte contre les violences faites aux femmes a été déclarée pilier central de la Grande Cause du quinquennat en 2017 par un certain Emmanuel Macron, un engagement renouvelé ensuite. Des mesures ont bel et bien été prises, comme le téléphone grand danger ou le numéro de téléphone dédié 3919, mais les associations ont regretté des mesures insuffisantes.
La France échoue là où l’Espagne a réussi
Les chiffres semblent leur donner raison. En France, l'organisation Féminicides en France dénombre 43 féminicides recensés entre le 1er janvier et le 31 mai 2026. Sur l'ensemble de l'année précédente, le ministère de l'Intérieur comptabilisait 107 féminicides de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. L'Espagne a enregistré, elle, 48 féminicides commis par un partenaire ou un ex-partenaire, selon les chiffres officiels en 2025.

L’Espagne s’est dotée d’une loi “intégrale” contre les violences faites aux femmes dès 2004 et a appliqué le même cadre aux violences faites aux enfants en 2022.
Et c’est bien dans ce retard, cet atermoiement, ce manque de clairvoyance que les gouvernements Macron sont responsables.
Plusieurs éditorialistes parlent de "fiasco politique". Faut-il également rappeler que dans sa campagne électorale de 2022, Emmanuel Macron, président de la République promettait de faire de la protection de l’enfance “sa boussole”.




















