L’ancien patron du CICR a donné hier à Genève une conférence de presse au dernier jour de son mandat, faisant un bilan de son action et une mise au point.
Il a choisi de mettre l’accent sur la mort des employés de l’UNRWA tués pendant la guerre à Gaza. "Je crois qu’il nous faut un panel (...) un panel d’experts de haut niveau pour enquêter sur le meurtre de nos collaborateurs", a déclaré Philippe Lazzarini à la presse à Genève.
Selon lui, "plus de 390" membres du personnel de l'UNRWA ont été tués depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023. "Nombre d'autres ont subi des blessures invalidantes ou ont été détenus arbitrairement et torturés", a-t-il ajouté.
Le responsable onusien, qui a indiqué avoir soulevé la question d'une enquête auprès du bureau du Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et des États membres de l'ONU à New York, a aussi fustigé le "niveau extraordinaire d'impunité" à l'oeuvre à Gaza.
"Nous avons assisté pendant deux ans à des atrocités telles qu'on a le sentiment que cette guerre n'avait aucune règle, que toutes les lignes rouges possibles ont été franchies, et qu'il n'y a jamais eu la moindre conséquence, que ce soit diplomatique, politique, économique, juridique, rien du tout", a-t-il déploré.
Un "niveau extraordinaire d'impunité" à Gaza pour Israël
Israël semble bénéficier d'un "permis de tuer à Gaza", a-t-il encore estimé, avertissant que cette impunité se "propageait", les personnes tuées lors des attaques israéliennes contre le Liban voisin aujourd’hui étant désormais "étiquetées comme appartenant au Hezbollah" sans distinction entre civils, enfants, femmes, vieillards et sans preuve aucune.
L'organisation onusienne a été la cible de vives critiques israéliennes, qui se sont intensifiées après les événements du 7 octobre 2023. Israël a accusé l'agence de partialité et d'être "infestée d'agents du Hamas" et lui a interdit début 2025 toute activité en Israël et à Jérusalem-Est. Cette législation bloque les contacts entre officiels israéliens et l'agence, mettant en péril l'aide humanitaire à Gaza et les services sociaux en Cisjordanie.
À la suite des accusations d'Israël, une enquête internationale avait révélé certains "problèmes liés à la neutralité" au sein de l'UNRWA, mais Israël n’a jamais fourni de preuves concluantes à l'appui de son accusation principale concernant l'emploi de membres d'organisations terroristes dans ses rangs.
Israël a orchestré une véritable campagne internationale contre l’UNRWA et a même réussi à obtenir l’arrêt des financements destinés à l’agence par certains pays. L’Etat hébreu a également détruit les bureaux de l’UNRWA à Jérusalem. À Gaza, les écoles et les dispensaires de l’agence ont été ciblés à maintes reprises, alors qu’ils abritaient des déplacés et des malades.
Israël veut voir l’UNRWA disparaître
Ces accusations, ces menaces, ces brimades ont une explication simple. Israël veut voir disparaître une agence qui aide les réfugiés palestiniens et donc perpétue la question palestinienne et le droit au retour de ces populations. Pour le gouvernement Netanyahu, il n’y a pas de droit au retour et pas de réfugiés palestiniens, c’est aussi pour cela que les campagnes militaires récentes ont ciblé et détruit totalement plusieurs camps de réfugiés à Gaza et en Cisjordanie occupée. Israël veut pousser ces populations à quitter la région.
Créée par l'Assemblée générale de l'ONU en 1949, l'UNRWA vient en aide à environ 5,9 millions de réfugiés palestiniens. Elle gère notamment des centres de santé et des écoles dans les Territoires palestiniens occupés, au Liban, en Syrie et en Jordanie.
Les attaques israéliennes contre l'agence, conjuguées à des coupes budgétaires drastiques, ont placé l'UNRWA au bord de l'effondrement, a averti M. Lazzarini, qui sera temporairement remplacé à la tête de l'agence par Christian Saunders, précédemment coordinateur spécial pour l'amélioration de la réponse des Nations unies à l'exploitation et aux abus sexuels.
Si la communauté internationale ne parvient pas à s'unir pour protéger l'UNRWA, a-t-il prévenu, "les conséquences seront catastrophiques pour une génération, voire plus".








