"Le président français et le chancelier allemand sont arrivés au constat partagé que les entreprises (Airbus et Dassault Aviation) ne parvenaient pas à s'entendre sur la construction d'un avion de combat commun", a indiqué le gouvernement allemand.
"Ils reconnaissent cette réalité. Le chancelier Merz a donc suggéré au président Macron de ne plus poursuivre la construction d’un avion de combat commun", a-t-il ajouté.
Le constat est partagé par l'Élysée, qui a confirmé dans la soirée à l'AFP qu'Emmanuel Macron et son homologue allemand regrettaient "l’impossibilité pour les industriels de s’entendre sur la poursuite de ce projet".
Airbus et Dassault n'étaient pas joignables dans l'immédiat pour commenter.
Un blocage entre Dassault et Airbus
L'annonce survient deux jours avant l'ouverture du grand salon aéronautique de Berlin, l’ILA, où Friedrich Merz doit se rendre mercredi et où les grands industriels du secteur sont attendus.
En février dernier, le chancelier allemand avait déjà ouvertement douté de l'avenir du projet, avant qu'une mission gouvernementale franco-allemande ne soit lancée pour tenter, une nouvelle fois, de réconcilier les industriels chargés de le mettre en œuvre.
"Il n'y avait plus qu'Emmanuel Macron qui croyait encore à la survie du SCAF. Plus vite la décision sera prise, moins nous perdrons de temps avant de passer à l'étape suivante", a réagi auprès de l'AFP le président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, Cédric Perrin.
Ce matin, Brigitte Klinkert, députée alsacienne et coprésidente du bureau de l’Assemblée parlementaire franco-allemande, qui œuvre au rapprochement entre les deux pays, a regretté cet abandon : “L’arrêt du SCAF (Système de combat aérien du futur franco-germano-espagnol) est une décision douloureuse, que je regrette profondément. Dans un monde incertain, nous avons plus que jamais besoin de renforcer notre coopération franco-allemande et notre autonomie stratégique européenne. C’est une nécessité, pas une option.”
Lancé en 2017 par Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, rejoints par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système comprenant un avion de combat et des drones reliés entre eux par un système de communication numérique, souvent qualifié de "cloud de combat".

Censé constituer l'épine dorsale de la puissance aérienne française et allemande à partir des années 2040, le Système de combat aérien du futur (SCAF) devait remplacer à long terme l'Eurofighter Typhoon en Allemagne et le Rafale de Dassault en France.
Un projet clé pour la défense européenne
Mais le différend opposait Dassault, représentant la France dans le projet, à son partenaire Airbus, qui agissait pour le compte de l'Allemagne et de l'Espagne.
Dassault Aviation réclamait le leadership total du projet en tant que maître d’œuvre, refusant d'être simplement l'un des "co-co-co" face à Airbus, qui, avec Airbus Espagne et Airbus Allemagne, gérait les deux tiers du programme.
Selon les accords existants, la France, l'Allemagne et l'Espagne devaient participer au développement chacune à hauteur d'un tiers.
L’abandon du projet porte un coup aux efforts des pays européens visant à coopérer plus étroitement en matière de défense et à présenter un front uni alors qu’ils font face à une Russie hostile et à la dégradation de leurs relations avec les États-Unis.
Ainsi, Claude Malhuret, sénateur de l’Allier, insistait lors de la discussion sur la nouvelle loi de programmation militaire française en mai dernier : “L’Europe est seule. (...) L’urgence est de mettre sur pied une politique de défense européenne car chacune de ses nations ne pèse rien isolément dans le jeu mondial. Nous savons tous ce que suppose cet objectif : une réindustrialisation au service du réarmement, la définition d’objectifs communs, de normes communes, l’interopérabilité des armées, une coopération mettant fin aux bisbilles du SCAF ou des eurobonds de défense, une doctrine de dissuasion concertée et partagée. Le temps presse….”
Si le temps politique presse, les industriels semblent jouer en ordre dispersé. Le gouvernement allemand veut toutefois sauver une partie du projet. Il a ainsi affirmé que "le véritable noyau du SCAF doit être poursuivi en tant que système de systèmes européen".
Vers un "cloud militaire" européen ?
"Il s’agit en quelque sorte du système nerveux qui relie les avions, les drones et d’autres composants pour former un ensemble intégré", ajoute-t-il.
Les ministères français et allemand de la Défense "doivent formuler un plan de travail commun et contemporain pour la coopération dans l’industrie de défense, concentré sur quelques projets réalistes et pertinents", lors du conseil des ministres franco-allemand prévu en Allemagne en juillet.
Avec l'abandon du projet, reste à savoir si Airbus se tournera vers d'autres partenaires.
La possibilité pour Airbus de s'associer à l'Italie, au Royaume-Uni et au Japon, qui développent un autre programme (GCAP, Global Combat Air Programme), semble peu probable.
Malgré des coûts en hausse et des interrogations sur son financement, ce programme est déjà largement structuré, laissant peu de place à un nouvel acteur majeur. Enfin, Dassault sort de cet épisode avec une réputation de partenaire difficile. Cette image risque de décourager d’éventuels partenaires européens dans de futurs programmes communs.





















